Je l’avais oublié dans un carton à chaussures, parmi des cartes postales. Un petit fume cigarillos dans un étui en cuir rigide et grainé, un objet assez précieux en ambre avec des initiales dorées à l‘or fin, un A et un B, majuscules entrelacées, celles de l’oncle André.
L’oncle André fut le second mari de la Tante. On l’appelait la tante, elle n’était pourtant que celle de mon grand père, la sœur de sa mère. Pour moi c’était une arrière grande tante. Elle fut très heureuse avec lui, il lui avait acheté un manteau de fourrure, du loup je crois, elle me l’avait donné quand j’étais petite et je le mettais pour chanter ‘’ ah si j’étais riche !’’. Il l’avait aussi emmenée voir l’océan, elle avait eu peur devant cette immensité. Oui, ce fut un bon mari. Même si une fois par mois il allait à Lyon se "distraire" avec les femmes légères. Dans la famille j’ai toujours entendu parler de femmes légères, jamais de putains. Dans l’histoire familiale, on a eu beaucoup d’indulgence pour les faiblesses de l’oncle André.
Quand j’ai eu mon bébé, la Tante était à l’hospice. Elle n’avait jamais eu d’enfant et aimait la lignée de son neveu plus que tout. Elle aurait tant voulu connaître ma fille. Mais ma mère, qui n’est pas la bonté personnifiée, pensait que les miasmes émanant de corps en décrépitude ne seraient pas sains pour l’enfant. J’étais moi-même encore une petite fille, j’écoutais ma maman, et ma grand-mère maternelle et ma mère étant caractérisée par un manque de charité, j’étais sans doute aussi programmée pour une certaine mauvaiseté.
Je lui avais donc porté une photo de mon petit bébé tout neuf. Elle l’avait embrassée, embrassée et encore embrassée. Puis était décédée, trois mois plus tard. Aujourd’hui encore je ne peux effacer cette vision et de toutes mes vilénies, celle-ci est celle pour laquelle j’ai le plus affreux remord. Cette image rudoie ma conscience, au point que chaque fois qu’elle émerge, j’essaie de l’effacer au plus vite.
La tante était ravissante, parait-il, dans sa jeunesse. Je ne l’avais connue que vieille, puis très vieille et morte.
Avant l’oncle André, elle avait eu un premier mari, Sale Sire. Je n’ai jamais su son nom, toujours entendu parlé de lui ainsi : c’était un sale sire. Un homme affreux, sale et méchant. Quand il avait été mobilisé, elle lui avait fait ses adieux dans le train qui allait l'emporter. Elle lui avait cuisiné une épaule roulée. Il l’avait insultée, raillée, alors elle avait partagé le rôti entre les soldats présents dans le wagon et avait divorcé.
Il y eut donc ensuite l’homme au fume cigarillos qui aimaient tant les "petites" femmes , celui qui la rendit si heureuse, mais le pauvre, paix à son âme, mourut prématurément, très bon vivant, de la goutte.
Le dernier, mari, fut l’oncle Léonce, il ressemblait à Clémenceau, Il était arrivé dont ne sait où, des Ardennes peut-être, pour travailler dans cette petite cité ouvrière du Bugey.
Elle était toujours très séduisante, plus toute jeune, mais encore jolie et il lui avait fait sa cours en déposant presque chaque matin sur sa fenêtre des truites fraîchement pêchées. Elle l’épousa en troisième noces. Lui, Je l’ai connu, j’étais enfant, il devint même mon parrain. C’était un homme bourru, taiseux, plus souvent ronchon qu'amène, mais il n’avait son égal pour brasser la salade. Tellement il tremblait (pour mon grand plaisir et le sien de me voir rire aux éclats), toutes les feuilles se répandaient sur la table jusqu’à ce que le saladier soit vide. Et chaque fois que nous déjeunions chez eux, cette scène se renouvelait, je ne m’en lassais jamais.
Il se sont aimés jusqu’à ce que la mort les sépare...
Quel miracle que ce petit objet ! ...pour me faire dévider ces souvenirs tendres, douloureux et joyeux.
Ma madeleine, à moi !
L’oncle André fut le second mari de la Tante. On l’appelait la tante, elle n’était pourtant que celle de mon grand père, la sœur de sa mère. Pour moi c’était une arrière grande tante. Elle fut très heureuse avec lui, il lui avait acheté un manteau de fourrure, du loup je crois, elle me l’avait donné quand j’étais petite et je le mettais pour chanter ‘’ ah si j’étais riche !’’. Il l’avait aussi emmenée voir l’océan, elle avait eu peur devant cette immensité. Oui, ce fut un bon mari. Même si une fois par mois il allait à Lyon se "distraire" avec les femmes légères. Dans la famille j’ai toujours entendu parler de femmes légères, jamais de putains. Dans l’histoire familiale, on a eu beaucoup d’indulgence pour les faiblesses de l’oncle André.
Quand j’ai eu mon bébé, la Tante était à l’hospice. Elle n’avait jamais eu d’enfant et aimait la lignée de son neveu plus que tout. Elle aurait tant voulu connaître ma fille. Mais ma mère, qui n’est pas la bonté personnifiée, pensait que les miasmes émanant de corps en décrépitude ne seraient pas sains pour l’enfant. J’étais moi-même encore une petite fille, j’écoutais ma maman, et ma grand-mère maternelle et ma mère étant caractérisée par un manque de charité, j’étais sans doute aussi programmée pour une certaine mauvaiseté.
Je lui avais donc porté une photo de mon petit bébé tout neuf. Elle l’avait embrassée, embrassée et encore embrassée. Puis était décédée, trois mois plus tard. Aujourd’hui encore je ne peux effacer cette vision et de toutes mes vilénies, celle-ci est celle pour laquelle j’ai le plus affreux remord. Cette image rudoie ma conscience, au point que chaque fois qu’elle émerge, j’essaie de l’effacer au plus vite.
La tante était ravissante, parait-il, dans sa jeunesse. Je ne l’avais connue que vieille, puis très vieille et morte.
Avant l’oncle André, elle avait eu un premier mari, Sale Sire. Je n’ai jamais su son nom, toujours entendu parlé de lui ainsi : c’était un sale sire. Un homme affreux, sale et méchant. Quand il avait été mobilisé, elle lui avait fait ses adieux dans le train qui allait l'emporter. Elle lui avait cuisiné une épaule roulée. Il l’avait insultée, raillée, alors elle avait partagé le rôti entre les soldats présents dans le wagon et avait divorcé.
Il y eut donc ensuite l’homme au fume cigarillos qui aimaient tant les "petites" femmes , celui qui la rendit si heureuse, mais le pauvre, paix à son âme, mourut prématurément, très bon vivant, de la goutte.
Le dernier, mari, fut l’oncle Léonce, il ressemblait à Clémenceau, Il était arrivé dont ne sait où, des Ardennes peut-être, pour travailler dans cette petite cité ouvrière du Bugey.
Elle était toujours très séduisante, plus toute jeune, mais encore jolie et il lui avait fait sa cours en déposant presque chaque matin sur sa fenêtre des truites fraîchement pêchées. Elle l’épousa en troisième noces. Lui, Je l’ai connu, j’étais enfant, il devint même mon parrain. C’était un homme bourru, taiseux, plus souvent ronchon qu'amène, mais il n’avait son égal pour brasser la salade. Tellement il tremblait (pour mon grand plaisir et le sien de me voir rire aux éclats), toutes les feuilles se répandaient sur la table jusqu’à ce que le saladier soit vide. Et chaque fois que nous déjeunions chez eux, cette scène se renouvelait, je ne m’en lassais jamais.
Il se sont aimés jusqu’à ce que la mort les sépare...
Quel miracle que ce petit objet ! ...pour me faire dévider ces souvenirs tendres, douloureux et joyeux.
Ma madeleine, à moi !
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tissée des multitudes de tribus qui habitent notre désert
Je t'embrasse !
M.
M.
les souvenirs sont le terreau dans lequel s'enracine notre mémoire et notre mémoire tisse notre identité
Bonjour enigme, tu vas bien ?
Bonjour enigme, tu vas bien ?
Une belle journée pour vous


On la déguste avec grand plaisir.
Gros bisous !!
.. j'étais un peu avec toi au bord de la boite à chaussures à remonter le temps, à écouter surgir ceux qui t'ont précédée et que tu gardes dans ton coeur. Quand on les invite ils reviennent toujours et raniment en nous la féérie de l'enfance.
Amitiés.
Amitiés.
je ne sais pas si nous avons une âme mais des pensées et des souvenirs qui se déroulent et s'imbriquent étrangement.
enattendantlesoleil, ce sont nos souvenirs qui ont le goût qu'on leur donne au gré de notre intime, de notre vécu
enattendantlesoleil, ce sont nos souvenirs qui ont le goût qu'on leur donne au gré de notre intime, de notre vécu

les objets ont le goût qu'on leur donne...
mais nous, oui.




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mieh-mieh
publié le 28 sept. 08