Moi, j’aime bien aller aux champignons.
Je connais un coin pas très loin de chez moi. Bon, je suis comme tout le monde, j’aime pas trop partager mes petits secrets, mais qu’est-ce que je ferais pas pour un sourire de Sandrine Bonnaire. Mais pourquoi je vous raconte ça ? Quel rapport, me direz-vous, entre la susdite et les cryptogames ? Apparemment aucun, mais je vous remercie d’avoir pris la peine de poser la question. Cela étant dit, c’est vrai que chaque fois, ça me fait toujours le même effet de constater à quel point son visage se trouve transfiguré quand elle sourit. Ça m’émerveille. C’est comme un arc-en-ciel qui traverse les nuages. Comme après le café, une gorgée d’armagnac dans la tasse encore chaude, comme l’odeur douce et le moelleux d’une couette quand on réalise que c’est samedi et qu’on n’a pas besoin de se lever pour aller bosser. Le sourire de Sandrine Bonnaire, c’est rassurant, revigorant, euphorisant. On en renierait presque tout cynisme pour retrouver en l’humanité une foi inespérée. Presque. Ça vous fait monter dans le corps des bouffées de tendresse, des envies d’étreintes, d’embrassades, de promenades à deux, la main dans la main le long de chemins odorants ponctués de taches de soleil et de chants d’oiseaux, de lumière tamisée et de cueillette de champignons. Ah oui, tiens, c’est vrai, je savais bien qu’il y avait un rapport.
En faisant attention de n’être pas suivi, je me suis donc engagé dans ce trajet que je pourrais parcourir les yeux fermés, tellement je le connais par coeur. Toujours sur le qui-vive, j’allais d’un pas dont la feinte nonchalance n’était pas sans rappeler le comportement d’un caméléon mythomane promenant sans avoir l’air d’y toucher son strabisme divergent sur une photo de Simone de Beauvoir en s’efforçant de donner l’illusion de regarder ailleurs... Bref, si par pur hasard, quelque passant soupçonneux avait eu quelque doute quant à ma destination, tout dans mon attitude et ma démarche aurait évoqué à ses yeux l’image même de la douce errance, de l’oisiveté, de l’insignifiance et de la transparence.
Toujours est-il qu’en arrivant sur place, en dépit de toutes mes espérances, je constatai avec résignation que je n’étais pas tout seul. Vous savez ce que c’est, tous ces bipèdes désoeuvrés qui se donnent le mot pour se trouver précisément là où vous vouliez aller au même moment que vous ! Les chiens galeux ! Au bout des quelques instants nécessaires à me calmer que je consacrais à réciter en cachette la liste des départements français avec préfectures et sous-préfectures, je m’aperçus, non sans soulagement, en arrivant à Bellac, que ces intrus se livraient tous à des occupations bien à l’écart de mes champignons. Sortis d’on sait où, l’on entendait le doux murmure d’un ruisseau invisible et le charmant gazouillis de joyeux oiseaux... Mais il en fallait plus plus pour me détourner de ma quête. D’autant plus qu’à quelques mètres de moi, je les apercevais déjà...
À pas de loup, je m’approchai et, incapable de résister à une telle émotion, tombai à genoux dans l’herbe. Étaient-ils jolis, mes petits mignons ! Serrés l’un contre l’autre comme des oeufs au fond d’un nid, miroitant de reflets nacrés ils se pelotonnaient au milieu d’une demi-douzaine de gracieuses feuilles mordorées qu’on aurait cru disposées là par la main d’un étalagiste inspiré. À les voir ainsi, tellement confiants, tellement disponibles, si près de mon visage que j’aurais pu, sur leur peau légèrement rosée, poser ma bouche avide, je sentis malgré moi monter dans ma gorge comme un spasme de bonheur. Aurais-je levé les yeux vers le ciel que, penché vers moi et environné de lumière, aussi nettement dessiné que celui du chat du Cheshire, j’aurais sûrement vu le sourire de Sandrine Bonnaire.
(Qui sait quels cheminements tortueux emprunte dans les boyaux de mon cerveau la vision bucolique de ces champignons abandonnés pour entrer en résonance avec l’image exaltante de cette actrice ?)
J’étais bien parti pour rester là en adoration je ne sais combien de temps quand fit son apparition dans mon champ de vision le popotin d’une jeune femme qui reniflait celui d’un melon. Il semblait certes juteux et odorant, mais d’une étonnante incongruité. Et là, soudain, ce fut comme si je dégringolais de mon nuage. Comme si la réalité me tirait par les pieds pour me coller le nez dans sa fange. L’immonde. Je dus convenir que sous mes genoux, l’herbe était artificielle, que les chants d’oiseaux et le murmure du ruisseau provenaient de haut-parleurs cachés dans des superstructures métalliques qui s’entrecroisaient au-dessus de moi. Quant aux feuilles mordorées, bien sûr qu’elles étaient en matière plastique... Résigné, je me relevai. Sans prêter plus d’attention que nécessaire à mes compagnons d’infortune, je remplis tendrement de champignons la pochette prévue à cet usage et, après l’avoir fermée grosso modo, la posai sur le plateau de la balance automatique. Une fois la touche enfoncée, l’étiquette adhésive collée, je repris mon caddie et me dirigeai vers le poulailler où, dans une cachette connue de moi seul, m’attendaient des oeufs tout frais pondus.
Et le sourire de Sandrine Bonnaire...
Je connais un coin pas très loin de chez moi. Bon, je suis comme tout le monde, j’aime pas trop partager mes petits secrets, mais qu’est-ce que je ferais pas pour un sourire de Sandrine Bonnaire. Mais pourquoi je vous raconte ça ? Quel rapport, me direz-vous, entre la susdite et les cryptogames ? Apparemment aucun, mais je vous remercie d’avoir pris la peine de poser la question. Cela étant dit, c’est vrai que chaque fois, ça me fait toujours le même effet de constater à quel point son visage se trouve transfiguré quand elle sourit. Ça m’émerveille. C’est comme un arc-en-ciel qui traverse les nuages. Comme après le café, une gorgée d’armagnac dans la tasse encore chaude, comme l’odeur douce et le moelleux d’une couette quand on réalise que c’est samedi et qu’on n’a pas besoin de se lever pour aller bosser. Le sourire de Sandrine Bonnaire, c’est rassurant, revigorant, euphorisant. On en renierait presque tout cynisme pour retrouver en l’humanité une foi inespérée. Presque. Ça vous fait monter dans le corps des bouffées de tendresse, des envies d’étreintes, d’embrassades, de promenades à deux, la main dans la main le long de chemins odorants ponctués de taches de soleil et de chants d’oiseaux, de lumière tamisée et de cueillette de champignons. Ah oui, tiens, c’est vrai, je savais bien qu’il y avait un rapport.
En faisant attention de n’être pas suivi, je me suis donc engagé dans ce trajet que je pourrais parcourir les yeux fermés, tellement je le connais par coeur. Toujours sur le qui-vive, j’allais d’un pas dont la feinte nonchalance n’était pas sans rappeler le comportement d’un caméléon mythomane promenant sans avoir l’air d’y toucher son strabisme divergent sur une photo de Simone de Beauvoir en s’efforçant de donner l’illusion de regarder ailleurs... Bref, si par pur hasard, quelque passant soupçonneux avait eu quelque doute quant à ma destination, tout dans mon attitude et ma démarche aurait évoqué à ses yeux l’image même de la douce errance, de l’oisiveté, de l’insignifiance et de la transparence.
Toujours est-il qu’en arrivant sur place, en dépit de toutes mes espérances, je constatai avec résignation que je n’étais pas tout seul. Vous savez ce que c’est, tous ces bipèdes désoeuvrés qui se donnent le mot pour se trouver précisément là où vous vouliez aller au même moment que vous ! Les chiens galeux ! Au bout des quelques instants nécessaires à me calmer que je consacrais à réciter en cachette la liste des départements français avec préfectures et sous-préfectures, je m’aperçus, non sans soulagement, en arrivant à Bellac, que ces intrus se livraient tous à des occupations bien à l’écart de mes champignons. Sortis d’on sait où, l’on entendait le doux murmure d’un ruisseau invisible et le charmant gazouillis de joyeux oiseaux... Mais il en fallait plus plus pour me détourner de ma quête. D’autant plus qu’à quelques mètres de moi, je les apercevais déjà...
À pas de loup, je m’approchai et, incapable de résister à une telle émotion, tombai à genoux dans l’herbe. Étaient-ils jolis, mes petits mignons ! Serrés l’un contre l’autre comme des oeufs au fond d’un nid, miroitant de reflets nacrés ils se pelotonnaient au milieu d’une demi-douzaine de gracieuses feuilles mordorées qu’on aurait cru disposées là par la main d’un étalagiste inspiré. À les voir ainsi, tellement confiants, tellement disponibles, si près de mon visage que j’aurais pu, sur leur peau légèrement rosée, poser ma bouche avide, je sentis malgré moi monter dans ma gorge comme un spasme de bonheur. Aurais-je levé les yeux vers le ciel que, penché vers moi et environné de lumière, aussi nettement dessiné que celui du chat du Cheshire, j’aurais sûrement vu le sourire de Sandrine Bonnaire.
(Qui sait quels cheminements tortueux emprunte dans les boyaux de mon cerveau la vision bucolique de ces champignons abandonnés pour entrer en résonance avec l’image exaltante de cette actrice ?)
J’étais bien parti pour rester là en adoration je ne sais combien de temps quand fit son apparition dans mon champ de vision le popotin d’une jeune femme qui reniflait celui d’un melon. Il semblait certes juteux et odorant, mais d’une étonnante incongruité. Et là, soudain, ce fut comme si je dégringolais de mon nuage. Comme si la réalité me tirait par les pieds pour me coller le nez dans sa fange. L’immonde. Je dus convenir que sous mes genoux, l’herbe était artificielle, que les chants d’oiseaux et le murmure du ruisseau provenaient de haut-parleurs cachés dans des superstructures métalliques qui s’entrecroisaient au-dessus de moi. Quant aux feuilles mordorées, bien sûr qu’elles étaient en matière plastique... Résigné, je me relevai. Sans prêter plus d’attention que nécessaire à mes compagnons d’infortune, je remplis tendrement de champignons la pochette prévue à cet usage et, après l’avoir fermée grosso modo, la posai sur le plateau de la balance automatique. Une fois la touche enfoncée, l’étiquette adhésive collée, je repris mon caddie et me dirigeai vers le poulailler où, dans une cachette connue de moi seul, m’attendaient des oeufs tout frais pondus.
Et le sourire de Sandrine Bonnaire...
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V'là aut' chose !
C'est bien la première fois qu'on m'appelle comme ça !
...
C'est bien la première fois qu'on m'appelle comme ça !
...
ton public te réclame 

Je suis pas habitué.
Trop de réactions pour des réponses personnelles (n'oubliez pas que je suis là en dilettante, et paresseux de surcroît !)...
Merci à tous et à toutes.
Bonnes vacances et à bientôt pour de nouvelles aventures !
Trop de réactions pour des réponses personnelles (n'oubliez pas que je suis là en dilettante, et paresseux de surcroît !)...
Merci à tous et à toutes.
Bonnes vacances et à bientôt pour de nouvelles aventures !
j'ai jamais pissé sur personne
, encore moins sur des psis...
http://fr.youtube.com/watch?v=XfeFRujMjj4
, encore moins sur des psis...http://fr.youtube.com/watch?v=XfeFRujMjj4
après ils s'tiennent à carreaux et se rangent en parallèle en respectant les jaunes 

les miens attaquent les oeufs, tu fais comment pour les contenir loustique ?
psilos ou Paris... du moment que ça s'bagarre pas trop avec les oeufs dans la poêle... 

de sujet je pensais qu on parlait des psilos. ^^
Tiens, un rapprochement s'est opéré à l'insu de mon plein gré :
http://fr.youtube.com/watch?v=hld-bz24DXY
http://fr.youtube.com/watch?v=hld-bz24DXY
Quand on évoque les champignons de Paris, il n'y a aucun rapport avec l'héritière des palaces Hilton ?
quand elle fait la manche et demande "un peu de blé pour du pain"!
que je n'ai pas aimé le dernier film que j'ai vu d'elle
mais comme je ne me souviens plus du nom...
une histoire d'enfants rois et de parents victimes
et pas le temps d'aller sur Google pour voir le titre et puis comme habituellement je la trouve super...
mais comme je ne me souviens plus du nom...
une histoire d'enfants rois et de parents victimes
et pas le temps d'aller sur Google pour voir le titre et puis comme habituellement je la trouve super...
C'est le dernier film que j'ai vu avec elle, c'est tout... je sais bien qu'c'est pas l'meilleur... y'avait Pialat, Chabrol, Varda... mais ça tout l'monde a vu, nan ?
et pis en plus, y'avait LA MER et moi j'adôôôôôôôôôre LA MER... (et dans les autres y'avait pas
)
et pis en plus, y'avait LA MER et moi j'adôôôôôôôôôre LA MER... (et dans les autres y'avait pas
)
Même si, les champignons, je n'arrive jamais à en trouver (sauf des rouges à pois blancs, très beaux mais bon...) et je n'ai jamais rencontré non plus Sandrine Bonnaire. Et en plus, j'ai perdu un commentaire de la semaine dernière sur Charlie Hebd, écrit par Scred, et qui a disparu !
Finalement, je crois que j'en ai marre, de toutes ces absences.
Finalement, je crois que j'en ai marre, de toutes ces absences.
kikou, Street 

bon tu l'aimes, c'est là l'essentiel......

qu'a pas fait beaucoup d'bruit, et c'était un peu injuste à mon goût... "L'équipier".
C'était très honnête, les acteurs jouaient juste... moi, j'm'étais trouvée bien dedans... même qu'à un moment on avait peur !!!
C'était très honnête, les acteurs jouaient juste... moi, j'm'étais trouvée bien dedans... même qu'à un moment on avait peur !!!
21/07/08 à 21h46
21/07/08 à 21h41

J'espère juste que tu connus d'autres émotions devant des popotins juteux et odorants, fussent-ils incongrus...


street pas treet.......


Plaît-il ?
... d'un de mes derniers jours de vacances. Merci, j'adore toujours vous lire. La vie qui surfe à perdre haleine sur l'imaginaire dans nos environnements si communs et artificiels.
Les ressources de l'esprit sont infinies pour nous faire apprécier la vie, n'est ce pas?
C'est marrant et émouvant de vous lire!
Merci de partager cette créativité d'une maturité si pleine de naïveté.
C'est marrant et émouvant de vous lire!
Merci de partager cette créativité d'une maturité si pleine de naïveté.
stupéfiant, émouvant et démonstratif qu'elle a fait sur sa soeur ...
le popotin ou le melon ?

(amphibologie volontaire, je présume...)

(amphibologie volontaire, je présume...)
attention au syndrôme Bernadette....
ai bien aimé la chute et tout le reste
ai bien aimé la chute et tout le reste
C'est comme les bâillements, le dilettantisme est contagieux...
Demain il fera jour...
Demain il fera jour...
je lis maintenant




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dilettante
publié le 21 juillet 08