Jean François est mon meilleur copain.
On a 16 ans tout les deux et on est en 1967.
Toi tu es le roi des fainéants, tu as quitté l’école à 14 ans et depuis tu dors jusqu’à midi et le soir pour pas trop te fatiguer tu t’endors de bonne heure.
Moi ça fait deux ans que je bosse sur les chantiers, alors on se voit le samedi après midi.
Cette nuit de samedi là je m’en rappelle encore, la première fois que la jolie Sicilienne a enlevé le haut…
Après une nuit à se marrer et à se peloter pendant que tu roupillais sur le canapé du salon on se retrouve toi et moi sur le quai au bord du canal à attendre le bus.
Le Mistral souffle comme une brute et il fait un froid de canard.
On est une dizaine à attendre ce putain de bus, il y a dans le groupe une femme avec un landau et un bébé dedans.
On patiente avec ferveur, le goût de ses tétons à la Sicilienne sont encore dans ma bouche quand un cri nous fait sursauter. Le temps de se retourner et c’est la fille au landau qui hurle comme une possédée, le landau lui ne dit rien, il a quitté le quai et flotte sur le canal, il dérive comme un grand, gentiment poussé par le Mistral.
L’écervelée n’a pas mis le frein et le vent à fait le reste.
On est tous comme des cons à crier « Faut appeler les pompiers, la police, les gardes côtes, Gaston Deferre…» Quand on entend un gros « plouf ».
Jean François la paresse s’est foutue à la flotte et nage comme un bulldozer à la poursuite du landau dériveur.
L’étourdie continue de hurler de plus belle et nous on encourage des gestes et de nos voix mon fainéant préféré de copain.
Il rejoint le landau et nous fait une démonstration très bas de gamme de nage à l’indienne sur une vingtaine de mètres pour ramener le petit fugueur. Un mec et moi on remonte le landau, le bébé dort encore et il est tout sec. Jean François lui est plus lourd mais on le sort quand même de la flotte, il est bleu de froid et tout grelottant.
Comme quoi on peut être piètre nageur, courageux, fainéant et frileux en même temps.
Encore heureux il nous fait pas le coup du chien qui s ébroue !
Evidemment tout le monde le félicite à grand coups de claques dans le dos. S'il meurt pas de froid ou de congestion dans cinq minutes ce sera un héros avec peut être sa photo dans "La Marseillaise".
Un monsieur âgé bien comme il faut lui dit de l’accompagner au bar en face, il a des affaires sèches dans son sac et va les lui prêter sans ça il va attraper la mort.
Il croyait pas si bien dire le vieux.
Jean François s’élance sans regarder, sous mes yeux il se cogne contre un gros camion chargé de sel qui passe, retombe en faisant la toupie et les roues arrière de la semi lui passent dessus.
L’abdomen explosé, des tripes partout, le chauffeur de la semi en train de se mettre des coups de tête contre la benne de son camion, tout les gens présents tétanisés. L’apocalypse.
Et moi tout seul, seul au monde pour le coup.
Je me suis approché de ce fainéant devenu cadavre.
Accroupis je lui ai bien dis quelques mots mais mon grand fainéant il répondait plus.
Quand les pompiers ont chargé sa carcasse dans l’ambulance je lui tenais la main.
On a 16 ans tout les deux et on est en 1967.
Toi tu es le roi des fainéants, tu as quitté l’école à 14 ans et depuis tu dors jusqu’à midi et le soir pour pas trop te fatiguer tu t’endors de bonne heure.
Moi ça fait deux ans que je bosse sur les chantiers, alors on se voit le samedi après midi.
Cette nuit de samedi là je m’en rappelle encore, la première fois que la jolie Sicilienne a enlevé le haut…
Après une nuit à se marrer et à se peloter pendant que tu roupillais sur le canapé du salon on se retrouve toi et moi sur le quai au bord du canal à attendre le bus.
Le Mistral souffle comme une brute et il fait un froid de canard.
On est une dizaine à attendre ce putain de bus, il y a dans le groupe une femme avec un landau et un bébé dedans.
On patiente avec ferveur, le goût de ses tétons à la Sicilienne sont encore dans ma bouche quand un cri nous fait sursauter. Le temps de se retourner et c’est la fille au landau qui hurle comme une possédée, le landau lui ne dit rien, il a quitté le quai et flotte sur le canal, il dérive comme un grand, gentiment poussé par le Mistral.
L’écervelée n’a pas mis le frein et le vent à fait le reste.
On est tous comme des cons à crier « Faut appeler les pompiers, la police, les gardes côtes, Gaston Deferre…» Quand on entend un gros « plouf ».
Jean François la paresse s’est foutue à la flotte et nage comme un bulldozer à la poursuite du landau dériveur.
L’étourdie continue de hurler de plus belle et nous on encourage des gestes et de nos voix mon fainéant préféré de copain.
Il rejoint le landau et nous fait une démonstration très bas de gamme de nage à l’indienne sur une vingtaine de mètres pour ramener le petit fugueur. Un mec et moi on remonte le landau, le bébé dort encore et il est tout sec. Jean François lui est plus lourd mais on le sort quand même de la flotte, il est bleu de froid et tout grelottant.
Comme quoi on peut être piètre nageur, courageux, fainéant et frileux en même temps.
Encore heureux il nous fait pas le coup du chien qui s ébroue !
Evidemment tout le monde le félicite à grand coups de claques dans le dos. S'il meurt pas de froid ou de congestion dans cinq minutes ce sera un héros avec peut être sa photo dans "La Marseillaise".
Un monsieur âgé bien comme il faut lui dit de l’accompagner au bar en face, il a des affaires sèches dans son sac et va les lui prêter sans ça il va attraper la mort.
Il croyait pas si bien dire le vieux.
Jean François s’élance sans regarder, sous mes yeux il se cogne contre un gros camion chargé de sel qui passe, retombe en faisant la toupie et les roues arrière de la semi lui passent dessus.
L’abdomen explosé, des tripes partout, le chauffeur de la semi en train de se mettre des coups de tête contre la benne de son camion, tout les gens présents tétanisés. L’apocalypse.
Et moi tout seul, seul au monde pour le coup.
Je me suis approché de ce fainéant devenu cadavre.
Accroupis je lui ai bien dis quelques mots mais mon grand fainéant il répondait plus.
Quand les pompiers ont chargé sa carcasse dans l’ambulance je lui tenais la main.
réactions : 39
lectures : 1314
votes : 15
Voici les 39 dernières réactions à ce commentaire
Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
et je parlais aussi du choix de ton pseudo. la classe on la croise parfois, alors révérence à toi
Oh oui ! Comme elle est belle la vie !!!
Il faut toujours essayer d'en tirer le meilleur !
Il faut toujours essayer d'en tirer le meilleur !
J'y ai repensé et me suis rappelé un truc qu'on m'a toujours dit : "Quand un être nait, un autre meurt".
...
Il paraît que c'est le cycle de la vie.
Vie de merde !
Mais vive la vie quand même.
...
Il paraît que c'est le cycle de la vie.
Vie de merde !
Mais vive la vie quand même.
01/08/08 à 20h28
et c'est bien ! : cela te permet de nous raconter son histoire aujourd'hui .
Lui n'a pas lâché la tienne , il vit près de toi , dans ton coeur , dans ton âme .
Il veille sur toi .
Ma Maman aussi est passée sous un camion , je n'étais pas là pour lui parler , la tenir dans mes bras .......mais je sais qu'elle est toujours près de moi.
Il y a des gens , comme ça , qui ont un destin tragique , comme pour nous réveiller , frapper nos consciences , afin de nous engager dans des combats utiles !
Coluche , Daniel Balavoine et récemment Grégory Lemarchal ( et bien d'autres...) nous ont donné aussi des leçons de vie , à nous de les appliquer ,
peut-être que l'humanité s'en portera mieux , avec moins d'égoïsme !

Lui n'a pas lâché la tienne , il vit près de toi , dans ton coeur , dans ton âme .
Il veille sur toi .
Ma Maman aussi est passée sous un camion , je n'étais pas là pour lui parler , la tenir dans mes bras .......mais je sais qu'elle est toujours près de moi.
Il y a des gens , comme ça , qui ont un destin tragique , comme pour nous réveiller , frapper nos consciences , afin de nous engager dans des combats utiles !
Coluche , Daniel Balavoine et récemment Grégory Lemarchal ( et bien d'autres...) nous ont donné aussi des leçons de vie , à nous de les appliquer ,
peut-être que l'humanité s'en portera mieux , avec moins d'égoïsme !

Il a juste sauvé une vie en danger parr inattention et a perdu la sienne de la même façon, sur une inattention, dans des circonstances bien exceptionnelles...
Pour l'odeur, c'est pas que de la m...y'a autre chose, mais cela revient toujours.
Suffit d'un mot parfois.
Quelle soirée tout de même , la vie apprise si vite, la Sicilienne,la chance, la mort, l'amitié.
Pour l'odeur, c'est pas que de la m...y'a autre chose, mais cela revient toujours.
Suffit d'un mot parfois.
Quelle soirée tout de même , la vie apprise si vite, la Sicilienne,la chance, la mort, l'amitié.
ministres sincères conseillers vertueux;
C'est juste l'heure de lecture qui m'inspire cette réaction à la Ruy Blas.
N'empêche que argh cette histoire.
C'est juste l'heure de lecture qui m'inspire cette réaction à la Ruy Blas.
N'empêche que argh cette histoire.
S'il avait une mission a accomplir sur Terre , il l'a faite , puis il est parti...
dans ce regard porté sur votre copain!
votre humanité est bouleversante
votre humanité est bouleversante
je disparais.
mais bon c'est vrai que j'ai un peu chouiner sur la fin en l'écrivant ce com.
A dire vrai je me rappelle plus si les seins de ma Sicilienne était aussi sucrés que ça.
L'expression de surprise sur le visage de Jean François, l'odeur de merde et de boyaux elle reste, les pleurs aussi.
Je me demande encore aujourd'hui si je l'ai vraiment lâché sa foutue main.
Sans rancune en tout cas.
A dire vrai je me rappelle plus si les seins de ma Sicilienne était aussi sucrés que ça.
L'expression de surprise sur le visage de Jean François, l'odeur de merde et de boyaux elle reste, les pleurs aussi.
Je me demande encore aujourd'hui si je l'ai vraiment lâché sa foutue main.
Sans rancune en tout cas.
"Comme il faut peu de chose pour vous perdre ou vous sauver!"
La parure
Maupassant
http://clicnet.swarthmore.edu/litterature/classique/maupassant/parure.html
La parure
Maupassant
http://clicnet.swarthmore.edu/litterature/classique/maupassant/parure.html
rien à voir avec mes petits melons siciliens........... mais tout de même bien sucrés
dans le film "le manteau" de Eisenstein.
Bref, la vie est blagueuse mais parfois ses blagues ne sont pas drôles voire cruelles.
Bref, la vie est blagueuse mais parfois ses blagues ne sont pas drôles voire cruelles.
"Maitre et serviteur". Le maitre pelant de froid dans une steppe aride avec son serviteur renverse sans préméditation une situation sociale en couvrant son serviteur pour le réchauffer. C'est le maître qui meurt et le serviteur qui survit. J'avais adoré cette nouvelle.
on peut être fainéant et courageux. Perdre un copain, c'est très dur mais la vie continue toujours jusqu'à son dernier souffle.
ça refroidit !
mais heu... je préfère votre nouvelle histoire :S
mais heu... je préfère votre nouvelle histoire :S
dieux vous le rendra!!!
quelle ironie non?
quelle ironie non?
Tu n'as pas précisé lequel, le Styx ?
*****
*****
: o (
De bon matin, ça fout une claque
*****
Jour de gloire, jour funeste...
*****
Jour de gloire, jour funeste...
c'est comme leur envoyer un bouquet de fleurs. Bel hommage.
* * * * *
30/07/08 à 22h39
30/07/08 à 22h21
mais quelle réaction peut-on avoir à la lecture d'une telle histoire?
J'ai toujours su que les héros étaient silencieux...!
J'ai toujours su que les héros étaient silencieux...!
Je n'ai plus de mots


Je réagis à ce commentaire en
Je réagis à ce commentaire en 









auborddufleuve
publié le 30 juillet 08