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« la finaliste du concours de miss ok, la naine vilaine et le mec à tête de têtard »
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catégorie : tranche de vie
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« La Finaliste du concours de Miss OK, la Naine Vilaine et le Mec à tête de têtard »

A l’aube des années 90, à trois ou quatre ans près, ce n’était pas encore le règne du préservatif.
On nous avait conditionné, nous, les filles, à la perspective de la pilule.
Ok magazine en tartinait des pages, Girls aussi.
Mais, ces deux fondamentaux de la veine existentialiste jouent un rôle dans une autre histoire.

Pour info sur l’indice des prix, OK Magazine, noble hebdomadaire coûtait deux francs, soit 0,30 centimes d’euros.

Un peu plus avant ces années à l’aube des années 90, – l’époque en fait où se situe ma première histoire - il y avait un truc crucial:
Le concours annuel Miss OK.
Flavie Flament l’a gagné (Mais oui !).
Et aussi une blondasse de mon collège : Joëlle.
Enfin non, elle avait été finaliste. Elle était montée à Paris. Elle était en photo dans le magazine.
Pas moi.
Mais elle n’avait pas de vélo.
Et elle se tapait à pied les 3 kilomètres qui séparaient le collège-lycée (dernières années permissives, tous les mômes dans le même bahut de 11 à 20 ans, et on clopait dans la cour dès la 5ème) de la « Cité du Paradis », là où on habitait quasiment tous, sauf ceux, par centaines, qui attendaient les cars, pour rentrer chez eux, parfois à quarante bornes de notre bled.

Il était bizarre ce bled. Plein d’églises. Il y en avait une, qui englobait la Cité du Paradis dans sa paroisse, et où on suivait le catéchisme, l’Eglise Notre Dame, où à chaque messe, il y avait encore 20 enfants de chœur, en tenue religieuse datant de Napoléon, l’aube rouge, la tunique blanche, et le truc que porte le pape sur la tête, mais en rouge.

Nous, les filles, on s’agenouillait, juste à la limite de la grille qui fermait la sacristie, où il n’y avait que des mecs, le curé, et ses enfants de chœur en tenue rétrograde.
On sortait notre langue on attendait le corps…du Christ.

Donc en vélo, on remontait les ruelles autour de l’église, puis celles contournant le couvent où vivaient encore une communauté de nonnes (super délicieux les biscuits qu’elles confectionnaient), puis la ville médiévale s’achevait en anciennes douves transformées en promenade bordée de fossés très profonds et d’arbres tricentenaires qui ne laissaient quasiment pas filtrer la lumière du jour.

Ce lieu se nommait « la Gueule d’Enfer ».

Et puis après c’était la N 12 : Paris à l’Est, 100 km. Les plages de Normandie à l’Ouest : 100 km aussi.

La Gueule d’Enfer, Le cimetière et la Cité, du paradis.

La Joëlle finaliste du concours de Miss OK avait un mec attitré. Une sorte de mec, avec des yeux ronds, qui lui sortaient un peu des orbites, mais il avait l’étiquette du « beau mec ».

Il était surtout en 3ème, ou même en seconde, et nous on devait péniblement terminer notre 5ème ou commencer la 4ème.

Allez savoir pourquoi, il avait le béguin pour moi.
Il était le mec attitrée de l’une des finalistes du concours de Miss OK, une blonde, et il fallait en convenir, une belle gueule et bien fichue, et il avait le béguin pour moi.
Les mecs de seconde étaient bizarres.

Incapable de me croiser dans les couloirs sans se retourner, et avancer, comme un andouille, la tête dévissée en matant derrière lui, le plus longtemps possible.

Moi je n’avais rien demandé. Mais ce n’est pas pour autant que je pressais le pas dans le couloir.
Et je lui rendais ses œillades. En plus discrètement.
Le prétexte des filles : le longs balancements de cheveux super longs vers l’arrière – j’avais interdiction maternelle formelle de me les couper et je haissais ces longs cheveux raides, je révais d’avoir ceux de Brooke Schield – pour vérifier si il me regardait encore ou pas.

Un mec de seconde, qui ne me plaisait pas, mais que la moitié de la population féminine des 5ème et des 4ème se rêvaient, ça méritait que l’on entretienne un peu la légende.
Question de cotation auprès du reste de la population du collège.

Un soir, je pédalais sur la ligne toute droite de la route du paradis, 500 mètres de long, qui longeait le cimetière pour rejoindre la cité

La Joëlle, elle , rentrait à pied, flanquée d’une vilaine, petite et mal fichue, que j’ai toujours connue avec un tee-shirt à la gloire de Travolta, alors que ça commençait à dater un peu cette histoire.

Et avec le courage des dégonflées, la Joëlle, finaliste miss OK, mais trop fauchée pour avoir un vélo, flanquée de sa vilaine, me décochent ‘les archaiques-féminins : Vengeance ! Si mon mec la mate, c’est qu’elle l’allume. C’est une salope. Et elles commencent à m’insulter, alors que je suis déjà loin.

Elles gueulent « Eh la pucelle d’Orléans ! Et pauvre pucelle ! Pucelle ! Hé Ho la pucelle !»

J’en déduis que la Joëlle, elle, n’avait pas mis en pratique que les préceptes « organisation du concours » du magazine OK mais aussi toutes les pages de toutes les semaines « pilule et comment coucher », ce qui à l’époque, n’était pas mon cas et les pétasses, elles avaient visé juste.

Moins d’une année que je supportais péniblement de porter un soutif plus de deux heures.

Tout avait poussé en même temps.
Cela avait commencé par un allongement brutal, quasiment 1 m70 et ça continuait.
C’était plutôt pas mal. Toute l’enfance avait fondue.

J’étais encore un garçon, je ne voulais être qu’un garçon, mais en plus grand, avec de plus longues jambes, une prise plus simple et plus efficace avec les bras plus agiles pour grimper aux arbres. J’étais devenue grande, et légère.

Mais du côté des seins, ça avait poussé aussi vite, et le 85B, il ne fallait même plus y penser. J’avais attendu le dernier moment, et il fallait s’habituer à ce truc, cette camisole étouffante en haut du buste : un 90 B en satin bleu clair. Je le mettais. Je m’allongeais sur mon lit, 10 minutes. Puis je me relevais. J’enlevais ce truc étouffant, entravant, mais ça n’allait pas non plus. Je ne pouvais plus bouger. J’avais ces extensions qui bougeaient dès que je bougeais. J’avais honte. Alors je remettais l’instrument de torture. Je me ré-allongeais. Je pensais à la fille de la danse, qui ELLE, en portait un depuis belle lurette. Tout se voyait sous notre simple juste au corps de danse-gymnastique, aux manches ultra-courtes, échancré au niveau du haut des cuisses, que l’on devait porter sans collant, d’un parme très clair et délicat.
Et pour celles qui n'étaient plus des garçons, on se tortillait dans ce maillage minuscule et transparent, super honteuses, en souhaitant trés vite que l'année prochaine arrive, et avec elle, son juste au corps intégral, jambières et tout, en lycra bien épais, bien opaque, rose fushia.

J’ai abdiqué sur deux points : j’ai laissé le 90B régner sur le haut de mon buste et j’ai abandonné mon serment « d’être toujours un garçon »
J’avais testé l’effet de ces transformations, à la Gueule d’Enfer, sur les « vrais garçons » par des entraînements de roulages de patin à en avoir une paralysie faciale et une lutte sans merci, pour ré-accrocher ce maudis 90B redécroché par les dit-garçons dans la minute qui suivait. J’apprenais à être une fille. M’ouais, ça valait peut-être la peine.

Revenons à Joëlle, la finaliste de Miss OK qui me traite de « pucelle » sur la route du paradis :
Ni une, ni deux, je fais demi-tour avec mon vélo, et à mi chemin du cimetière et de la gueule d’enfer, je m’arrête, bien calée sur mes deux pieds et leur demande de me redire en face ce qu’elles viennent de me balancer par derrière.
Les couard(es) : « Nan…mais tu sais…c’est parce que avec machin, c’est super sérieux depuis des mois…et j’ai l’impression…que tu sais, il est tellement mignon, nous, on nous a dit que tu le draguais, mais peut-être qu’on a mal compris… nan, mais on a dit ça comme ça… »
Je ne sais pas. Peut-être parce que je n’ai jamais été blonde, plutôt le genre même super brune à cette époque là, et le regard encore moins clair qu’aujourd’hui, elle balisait la Joëlle finaliste miss OK.
Et je lui ai balancé « Quoi, ta larve avec sa tête de têtard, un mec mignon ????? Mais tu te le gardes, je ne fais pas dans le batracien… » et les jambes un peu tremblantes, car je me méfiais de la naine super vilaine qui me regardait d’un air mauvais, prête à défendre sa finaliste miss OK à tout prix, j’ai ré enfourché ma bicyclette, et en gardant l’air digne, mais en ne traînant pas en chemin, j’ai remonté toute la route du paradis jusqu’à ma maison, bon, qui était l’une des plus belles du quartier, juste au bord de la cité constituée de centaine de maisons individuelles genre construites en une nuit, en carton pâte, et cela devait aussi jouer pour quelque chose dans l’agressivité dont j’avais été la cible, et cette fois là, sans rien avoir à me reprocher.

Ne rien me reprocher ? Ce ne fût pas toujours le cas par la suite.

Ce premier opus de Sexe, Mensonge, Jalousie et Contraception est clos.

Mais il y en a d’autres, tant d’autres…pour celles et ceux que cela amuse...

J’ignorais encore à l’époque, que c’était une configuration ultra classique et récurrente de la vie d’adulte.

Et les derniers jours que je viens de vivre, que je suis en train de vivre, quasiment 25 années plus tard, viennent de me le prouver, et de façon ultra cuisante, une fois de plus…

Suite au prochain épisode…. 
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Voici les 16 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
 11/10/08 à 08h14
un style qui "déménage", rythmée : pas le temps de reprendre son souffle et suspense dans ce récit d'une métamorphose. Le ballet des vélos et des élèves, je le verrais bien en film
 10/10/08 à 20h56
labourguignonne
on a les boutons qui repoussent à te lire...LA SUITE LA SUITE!!!
les nains c'est comme les crapauds il faut les écraser sur la route en levant le guidon du vélo - genre équilibriste - et malencontreusement retomber sur leurs pieds - énormes - ainsi on fustige les nabots et les pas assez belles pour être miss camembert....Et puis cette petite histoire m'en souviennent d'autres, comme une madeleine...de galloches, de vélo, de côtes à monter, de réflexions, de peurs aussi....et de rages
 10/10/08 à 20h12
plongé dans mon ZX81 !
 10/10/08 à 19h54
un comment qui vous en dira long, sur ce que nous pauvres ados revions et contre quoi nous nous revoltions!
Un vrai combat...un vrai com...j'adore!! LA SUITE LA SUITE
 10/10/08 à 19h06
personne ne le figurera de façon aussi comi-tragique que la merveilleuse marjane dans persepolis quand petite marji devient grande. Mon regret: ne pas avoir ce talent de savoir dessiner, et croquer sur un carnet, les situations, sur le vif, incongrues, touchantes...bref, un savoir faire de caricaturiste "gentille", même pour me moquer de moi-même...de Joëlle la finaliste de miss OK, de la naine vilaine, des "petits rats" de l'opéra de campagne contemporain se glaglatant dans leur si minuscules juste au corps trop échancrés...j'aurais aimé ça savoir dessiner...mais comme je ne sais pas, j'écris...
 10/10/08 à 18h45
et c'est vrai que je m'y retrouve aussi un peu lorsque tu parles du chamboulement imposé par ton corps qui change, ce chamboulement qu'on refuse au début et qu'ensuite on est bien obligé d'accepter... et comme tu le soulignes on arrive à voir les bons cotés au bout d'un moment
Tu as un jardin? Un poulailler?
Et la séduction, oui, ça c'est super pénible. Mais le jeu, non, ce n'est pas pénible. C'est un jeu. Des jeux, il y en partout, des jeux doux, qui ne mange pas de pain ( donc qui consomme peu) et d'autres où on se prend les pieds dans le tapis et où on se viande en beauté!!!! Après on a des tas de bleus.
 10/10/08 à 18h11
vu que je ne consomme pas.
Et je ne joue pas au jeu de la séduction.
 10/10/08 à 18h06
Euh sans doute. Mais ça préserve non? et "déjà à cet âge, les premiers renoncements, les premières concessions...Mais ça ne fait que commencer! dans le feuilleton "Sexe Jalousie Mensonge et Contraception", ce n'est que le début! Et ça continue! et pour payer, je ne cesse de payer. Pas vous? Que disait-elle Simone de Beauvoir...Ah oui, je crois que dans la vieillesse ce qu'elle vivait le moins bien, c'était la disparition du contraste entre les "grandes douleurs" et "les grandes joies", le yoyo permanent, la vie quoi, si on s'y jette à 100%
 10/10/08 à 17h28
 10/10/08 à 17h14
Déjà à cet âge, les premiers renoncements, les premières concessions au "star-système"...
Un peu de vanité aussi, non ?
Et ça se paie on dirait.
Lueur d'espoir, tout n'est pas que Sexe, Mensonge... il faut briser le carcan, refuser les règles du jeu ; écrire son propre scénario. Si si c'est fort possible, ça ne fonctionne pas à tout coup mais au moins on sait à quoi -et à qui- s'en tenir.