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Head-on
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catégorie : tranche de vie
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Ils sont là, en nombre. Trop.

Depuis tous ces jours où les heures de lever et de coucher du soleil ne cessaient de croître, la végétation du jardin et de la dune, de se modifier, de se densifier, en volume, en matière, en couleur, en senteur, de l’océan de s’apaiser, de revêtir une douceur méditerranéenne, on n’a pas fait attention.
On a gaspillé.
Chaque matin, on s’est réveillé, on a ouvert les volets, la porte fenêtre.
On a vécu, du matin au soir, dans la troisième pièce de notre minuscule maison de deux pièces, sur cette terrasse en bois, au seuil du jardin, de la dune, de l’océan.
On a remisé les chaussures et les vêtements.
La vie à l’extérieur, à l’aube, au crépuscule, la nuit, avec l’océan et l’île voisine, les lignes fluorescentes des différents phares, les veilleuses des cargos dans le sens du départ ou d’un accostage proche, les modifications de la lune et des coefficients des marées, réveillant parfois le son d’un océan d’hiver, tant ils étaient élevés, et la vie à l’intérieur, aux portes de la petite maison jamais closes, tout cela n’a fait qu’un.

On a commis l’erreur de croire que l’on avait le temps, que la vie allait, comme ça, se prolonger, pied nus, en tee-shirt, ou pas, du dedans vers le dehors, et inversement.

Et lorsqu’ils sont arrivés, eux aussi, pour « vivre cela », « profiter de cela », on a eu une désinvolture de propriétaires, qui ont le temps, qui ne comptent pas.
On s’est amusé de leur enthousiasme fébrile. En profiter le plus possible avec un compteur de « location saisonnière » débitant chaque jour des montants astronomiques pour « en profiter ».
On a ouvert notre petite maison aux fauchés. On a dormi à 5 dans 30 mètres carrés et certains n’ont pas pu résister à l’appel de la terrasse en bois, sous les arbres maritimes, les roses trémières, les vrilles de la lune avec les quelques nuages, et celles des phares balayant l’océan, et des cargos retardataires.
Ils sont venus, si nombreux ! Nous sommes allés, de maison en maison, de village en village, jusqu’à l’aurore. Nous avons retrouvé des amis dont nous n’aurions pas imaginé que « eux aussi » succomberaient aux charmes de cette île, et à plusieurs familles, loueraient des quartiers entiers.
Nous avons visité les caves des maisons de famille grâce à leurs héritiers -pas encore nommés, et pas certains d’en être, au vu des montants astronomiques à aligner auprès du fisc, pour que ces mois incroyables, soient encore vécus, chaque année -
Des caves, les héritiers en suspens, ont ramené des sublimes millésimes, champagne, vins. Puis on reprenait les vélos et on allait dans d’autres maisons, et parfois, on se retrouvait tous dans notre petite maison, pitoyable comparée aux demeures de famille, mais stupéfiante, au creux de cette dune face à l’océan, plein sud, et surtout fidèle, au loyer raisonnable, en contrat à durée quasi inderminée.

On a cru éternelle la lubie de contourner le jardin, de rejoindre le sentier, et de se transformer sur la plage sauvage, en objet minéral en pleine ligne de mire du soleil, jusqu’à en avoir la peau craquée, puis de revenir chez soi, en 2 minutes, de travailler un peu, et d’observer nos propres peaux changeant de couleur de jour en jour, plus dorées, plus lumineuses.
Et puis ils ont commencé à partir. Les uns après les autres.

Brusquement, les derniers présents, comme d’un accord tacite, ont fermé les maisons intermittentes,le même jour.

Nous étions seuls.

Mais tout était encore là et on a refusé d’y croire.

On en a encore profité, tout le mois de septembre.

Notre confiance s’est lézardée.
Cela ne tenait qu’à un fil. Un matin, on pouvait se lever et se dire que la vie à l’extérieur et la vie à l’intérieur pouvaient rompre leur unité, ériger la barrière de porte fenêtres closes, avec la vision incroyable d’un jardin et de la dune en déroute, pris dans les tourbillons d’un vent et d’une pluie d’hiver arrivant en trombe du nord, d’un océan si gris, si déchainé, si assourdissant qu’il en devenait menaçant, presque effrayant.

Nous avons guetté sur les cartes, les cycles de lune, les jours de répit qui nous seraient peut-être encore accordés. Lorsque c’était le cas, nous nous précipitions à l’extérieur et reprenions notre existence, en apparence identique à celle menée, en mai, juin, juillet, août, avec pourtant une tristesse au ventre. Ce temps-là était compté et l’hiver précoce, auquel nous avions feint de ne pas croire,le plus longtemps possible, allait s’imposer, gagner, et nous claquemurer pour sept mois, à moins de retrouver le désir, ce désir pour la vie sur cette île aux contrastes d’une violence et d’une brutalité qui laissent le cœur et l’âme de ses habitants mortifiés, un jour, si entourés, le lendemain si seuls.

Nous guettons encore, le signe d’un été indien.
Au fond de nous, nous n’avons qu’une seule envie : migrer vers une autre île qui en serait encore au mois de mai, au seuil de l’été, ou se barrer en ville, et de tuer le temps des 7 mois d'attente avant que tout cela ne recommence, par la sociabilité urbano-culturo machin chose. Mais il faut du fric. Et du fric, il n’y en a pas.
Ce qui nous sauve ? Les films. Entre autres. Le temps de ré-apprivoiser l’automne et l’hiver.
Et « Head-on » jeudi soir sur Arte nous a mis K.O.
Et comme l’île entre en hivernage, en parcimonie, en retenue, nous suivons son rythme, c’est elle qui décide, et pas nous.
Alors pour nous, un film comme « Head-on » vit dans notre esprit, longtemps, longtemps, longtemps.
Je ne sais pas ce qu’il en est, pour vous, en ville ?

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Voici les 5 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
sinon qu'on peut voir du beau film sur du grand écran.
On en écrit de jolis textes sur l'île !
 06/10/08 à 22h31
très joli texte, merci à toi
 06/10/08 à 22h29
en ville (je précise en RP), il y a presque autant de solitude qu'il y a de gens qui se bousculent ! A force de tant de monde, on a parfois l'impression de ne rencontrer vraiment personne, et le soleil se fait si rare...
 06/10/08 à 22h10
Y a qu'une seule solution : direction Polynésie française.
 06/10/08 à 20h15
j'aurai voulu que le temps s'arrête