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Père et fille
 Père et fille
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catégorie : tranche de vie
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Une fois son cours de musique terminé, Zoé marche à pas décidés sur le trottoir et même si celui-ci est quasiment désert, elle porte l’étui du violon précieusement serré contre son corps comme si on allait le lui arracher. C’est un des rares objets qu’elle possède, et Zoé n’aime pas qu’on y touche – pas même ses parents, qui seraient d’ailleurs bien incapables de lui faire produire le moindre son un tant soit peu harmonieux. Quand Victor s’y essaye, tout le monde se bouche les oreilles en éclatant de rire, sauf Zoé qui pense que la musique est une chose trop sérieuse pour être confiée aux hasards des grosses mains calleuses de son père.

Il est 18h30 un vendredi soir de mars, Paris est froide et sombre et le printemps est encore loin même s’il ne pleut pas. Zoé traverse la rue en direction de son père qu’elle a aperçu au loin, debout à côté de sa vieille Clio rouge cabossée. Le père et la fille se sourient mutuellement lorsqu’elle entend une voiture arriver très rapidement dans son dos, l’automobile la dépasse sur les chapeaux de roue puis Zoé la voit s’immobiliser devant Victor, avant que 4 hommes en sortent très vite pour courir en direction de son père.

Victor aussi a vu la voiture arriver, sans y prêter immédiatement attention. Ce n’est qu’en voyant le véhicule s’arrêter brusquement quelques mètres avant lui et des hommes en sortir précipitamment qu’il a pris peur. Avant qu’ils n’enfilent leurs brassards oranges, Victor a compris que les policiers venaient chercher quelqu’un, et il s’est instinctivement dit qu’il était leur cible.

Quand il fournissait ses camarades apprentis hommes d’affaire en herbe, Victor avait déjà vécu la même scène quelques années plus tôt, et celles qui logiquement lui succèdent: les menottes, la tête baissée dans la voiture, une garde à vue avec alternance d’interrogatoires et séjours en cellule puis le déferrement au parquet. Victor avait eu de la chance en tombant sur un juge qui l’avait simplement mis à l’épreuve, en plus d’une amende pour laquelle il avait fallu emprunter à ses amis, et, surtout, à son père. « Pas encore, je ne deale plus rien » pense Victor, avant de crier aux policiers « merde, pas devant ma fille, me faites pas ça ». Plutôt que d’être soulagé, Victor est d’abord surpris de les voir continuer à courir sans lui prêter attention la moindre attention, avant de se jeter sur un homme à quelques mètres de lui dans son dos.

Une fillette pousse un cri qui sort Victor de son étonnement, Zoé court vers lui, la fillette hurle et tape du poing sur les gaillards qui n’ont aucun mal à la maîtriser tandis qu’ils enfournent sans guère de ménagement le corps dans leur voiture. Un policier pousse la fillette avant de claquer la portière arrière. L’intervention aura duré quelques secondes, au plus deux minutes, pendant lesquelles Victor est resté pétrifié à observer de tous ses yeux l’action de la justice, sans même sentir les froides gouttes de peur qui coulent sous ses bras et dans son dos.

Alors que la voiture démarre aussi bruyamment qu’elle s’était arrêtée, Zoé lève des yeux apeurés vers Victor et lui demande :
- Papa, qui sont ces hommes, et pourquoi ont-il pris Sarah avec eux ? Ils l’emmènent où ?
- … tu la connais ? parvient à articuler Victor.
- Bien sûr, c’est Sarah, tout le monde la connaît à l’école. On n’est pas dans la même classe mais elle suit aussi les cours de musique. Elle apprend le piano et notre professeur dit qu’elle joue très bien. Papa, qu’est ce qu’elle a fait ?
- Je ne sais pas. Elle, sûrement rien. Mais l’homme…
- C’est son père, tu sais, explique Zoé ; il vient la chercher tous les soirs à la fin de l’école. La maîtresse nous a dit que Sarah venait d’un pays, j’ai oublié le nom, en tout cas son père parle avec un drôle d’accent. Tu crois que c’est grave ?
- Je ne sais pas, se borne à répéter Victor. Je n’en sais rien. C’est peut être juste un problème de papiers… ça sera vite résolu.
- Ca veut dire quoi, un problème de papiers ?
- C’est compliqué, Zoé. C’est très compliqué, soupire Victor, en prenant dans sa main moite celle de sa fille, qui se dégage en demandant :
- Tu crois qu’elle viendra demain à l’école, Sarah ?
- Je ne sais vraiment pas… Mais on ne peut pas faire grand-chose, ce n’est pas notre problème. On va rentrer, maintenant, intime Victor en ouvrant la porte arrière de sa Clio. Au fait, c’était bien, ta leçon ? demande-t-il à sa fille, qui s’est réfugiée dans la voiture en pensant à la cour de récréation, le lendemain, et aux chances qu’elle aura d’y apercevoir Sarah – ou pas.
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Voici les 13 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
ceux de LN66 Aussi .
Mériterait d 'etre lu encore et encore

a faire connaitre autour de nous sur pcc c 'est ca l 'amitié ici aussi !
On pouvait aussi admirer ses compositions picturales sur ses murs...
.... ça fait froid dans le dos ...
 27/08/08 à 11h39
crocodilapin
je pense que les arrestations des sans-papiers peuvent être assez violentes
Il y a quand même eu deux défenestrations dernièrement : un jeune russse et une chinoise par peur de se faire prendre ...
Ces gens ne sont pas considérés comme des personnes humaines ce sont des chiffres qui viendront gonflés les quotas à respecter ...
Donc peut être que ce n'en est pas une, donc autre chose. En général, pour des histoires de papiers, la police y va plus mollo, ce n'est pas le far west.
Quand elle y va comme ça c'est généralement que l'individu est considéré comme dangereux (Evidemment on peut toujours ergoter sur ce que sont les critères qui définissent la dangerosité d'un individu).
- C'est peut être un truand (dealer, proxénète, braqueur, etc...)
- c'est peut être un agent étranger (la D.S.T. fait partie de la police)
- c'est peut être une caméra cachée de Jean Yves Lafesse

Mais ce genre d'intervention ne ressemble pas du tout à l'arrestation d'un pauvre bougre de clandestin.
 26/08/08 à 20h40
est grandiose dans Messe pour le temps présent
 26/08/08 à 20h15
Il faut entrer en résistance...
Le truc, c'est quil n'y a pas toujours un instit ou un éducateur pour s'interposer et mettre en mot la violence de telles agissements et les souffrances qui s'en suivent. Les choses sont, comme dites dans le texte, tellement mais tellement rapides...


Pour atteindre un certain quota (25 000 par année) les enfants de sans papier scolarisés sont malheureusement la proie de notre chère police, elle-même sous les ordres des préfets, eux-mêmes aux ordres de l'état

Le Réseau Education Sans Frontière fait pression, vous pouvez faire de même ...
Parfois il y a des résultats positifs
Sur le forum il y a déjà 6 pages si vous n'êtes pas au courant de ce qui se passe dans notre beau pays
http://www.pointscommuns.com/forum/index.php?topic=5106.0