La voiture empestait le tabac froid et quelques paquets de Camel froissés traînaient sur le plancher. Je me dis en descendant la vitre que Kill le mec réglo et rigoureux qui allait toujours à l’essentiel pouvait bien se permettre de gérer ses vieux paquets de cigarettes comme il le voulait.
En sortant du parking nous avons tourné à gauche puis descendu la 8eme avenue jusqu’à l’Hudson, nous avons traversé le pont de Brooklin et pris vers les docks, cette ville sale et industrieuse où je mettais jamais les pieds. je ne m’étonnais pas, je constatais seulement avec satisfaction que je ne m’étais pas demandé où Kill pourrait bien m’emmener.
Après avoir changé trois fois de direction je me rendais compte que nous descendions au plus profond, au plus sale de cet immense port, ici plus d’entrepôts propres, nets et bien éclairés de part et d’autres de voies bien tracés. Des hangars délabrés, des chaussées défoncées et le noir de la nuit qui protégeais quelques silhouettes fantomatiques, j’essayais de ne pas remarquer ces femmes légèrement vêtues qui semblaient attendre quelqu’un avec qui elles n’avaient sans doute pas rendez vous.
Puis il s’arrêta à un carrefour et coupa le moteur, un candélabre étrangement seul dispensais une lumière pâlotte qui faisait ressortir encore plus fort la noirceur de la nuit et la désolation de ce quartier.
- Attends moi un instant j’en ai pour une minute.
Il descendit de voiture et sur le coup j’eus presque envie de lui crier de ne pas me laisser seule dans ce quartier sordide et inconnu, il ne fit heureusement que quelques pas et s’arrêta juste sous la lumière du candélabre, il sortit de sa poche un paquet froissé de cigarette et en alluma une.
Je me demandais ce que Kill faisait ici, et je commençais à me demander aussi ce que moi je faisais ?
Il n’était pas descendu depuis une minute qu’une ombre sortie de l’ombre, une femme, toute petite, toute menue, toute de noir habillée, une silhouette qui semblait flotter plus que marcher vers lui. Arrivée à lui elle joint les mains contre sa poitrine en inclinant le buste pour une salutation typiquement bouddhiste, je vis alors son visage, et quel visage ! Un visage de femme âgée d’Asie du Sud Est, Vietnamienne ? Cambodgienne ? Laotienne ? Je ne savais que penser tellement ces peuples se ressemblent. Et puis cette finesse de trait, ce teint très pale, dieu que cette femme était belle sous cette peau ridée comme un vieux parchemin.
Kill lui posa ses mains sur les épaules, l’attira à lui et déposa un baiser sur chacune de ses joues, je ressentis très fort toute la tendresse qu’il y mettait. Ils échangèrent quelques mots dans une langue inconnue et j’en fut très surprise, je savais que Kill parlait couramment le vietnamien et l’hindi, je ne me doutais pas qu’il en maîtrisait au moins une de plus.
Je me sentis d’un seul coup très mal à l’aise, très voyeuse de l’intimité de cet homme, que je ne voyais jusqu’à présent comme un cadre supérieur avec lequel je prenais beaucoup de plaisir à travailler. Ils n’échangèrent que quelques mots, Kill sortit quelque chose de sa poche qu’il glissa dans sa main, l’embrassa à nouveau puis revint à la voiture.
- j’espère ne pas avoir été trop long ?
- Pas du tout Kill.
J’aurai voulu lui poser tant de questions…………. Ce quartier ? Cette femme ? Sa vie ?
- Je m’excuse mais je vois Ling chaque mercredi depuis 28 ans…………. C’est une personne très importante pour moi, je t’expliquerai.
- Je l’ai vue tout de suite à la façon dont tu l’as embrassée et serré dans tes bras.
- Je m’en doute, elle est presque tout pour moi, mère, sœur, frère d’arme, amour aussi même si nous n’avons jamais vraiment fait l’amour ensemble. C’est une histoire dure, tragique, pleine de respect de tendresse et de gratitude.
Kill lança le moteur démarra puis tourna à droite dans une rue mieux éclairée et bordée par quelques commerces encore ouvert, après quelques centaines de mètres il stoppa devant une devanture éclairée : Haiphong Station Beer and Motel disait un vieux panneau à la peinture écaillée.
En sortant du parking nous avons tourné à gauche puis descendu la 8eme avenue jusqu’à l’Hudson, nous avons traversé le pont de Brooklin et pris vers les docks, cette ville sale et industrieuse où je mettais jamais les pieds. je ne m’étonnais pas, je constatais seulement avec satisfaction que je ne m’étais pas demandé où Kill pourrait bien m’emmener.
Après avoir changé trois fois de direction je me rendais compte que nous descendions au plus profond, au plus sale de cet immense port, ici plus d’entrepôts propres, nets et bien éclairés de part et d’autres de voies bien tracés. Des hangars délabrés, des chaussées défoncées et le noir de la nuit qui protégeais quelques silhouettes fantomatiques, j’essayais de ne pas remarquer ces femmes légèrement vêtues qui semblaient attendre quelqu’un avec qui elles n’avaient sans doute pas rendez vous.
Puis il s’arrêta à un carrefour et coupa le moteur, un candélabre étrangement seul dispensais une lumière pâlotte qui faisait ressortir encore plus fort la noirceur de la nuit et la désolation de ce quartier.
- Attends moi un instant j’en ai pour une minute.
Il descendit de voiture et sur le coup j’eus presque envie de lui crier de ne pas me laisser seule dans ce quartier sordide et inconnu, il ne fit heureusement que quelques pas et s’arrêta juste sous la lumière du candélabre, il sortit de sa poche un paquet froissé de cigarette et en alluma une.
Je me demandais ce que Kill faisait ici, et je commençais à me demander aussi ce que moi je faisais ?
Il n’était pas descendu depuis une minute qu’une ombre sortie de l’ombre, une femme, toute petite, toute menue, toute de noir habillée, une silhouette qui semblait flotter plus que marcher vers lui. Arrivée à lui elle joint les mains contre sa poitrine en inclinant le buste pour une salutation typiquement bouddhiste, je vis alors son visage, et quel visage ! Un visage de femme âgée d’Asie du Sud Est, Vietnamienne ? Cambodgienne ? Laotienne ? Je ne savais que penser tellement ces peuples se ressemblent. Et puis cette finesse de trait, ce teint très pale, dieu que cette femme était belle sous cette peau ridée comme un vieux parchemin.
Kill lui posa ses mains sur les épaules, l’attira à lui et déposa un baiser sur chacune de ses joues, je ressentis très fort toute la tendresse qu’il y mettait. Ils échangèrent quelques mots dans une langue inconnue et j’en fut très surprise, je savais que Kill parlait couramment le vietnamien et l’hindi, je ne me doutais pas qu’il en maîtrisait au moins une de plus.
Je me sentis d’un seul coup très mal à l’aise, très voyeuse de l’intimité de cet homme, que je ne voyais jusqu’à présent comme un cadre supérieur avec lequel je prenais beaucoup de plaisir à travailler. Ils n’échangèrent que quelques mots, Kill sortit quelque chose de sa poche qu’il glissa dans sa main, l’embrassa à nouveau puis revint à la voiture.
- j’espère ne pas avoir été trop long ?
- Pas du tout Kill.
J’aurai voulu lui poser tant de questions…………. Ce quartier ? Cette femme ? Sa vie ?
- Je m’excuse mais je vois Ling chaque mercredi depuis 28 ans…………. C’est une personne très importante pour moi, je t’expliquerai.
- Je l’ai vue tout de suite à la façon dont tu l’as embrassée et serré dans tes bras.
- Je m’en doute, elle est presque tout pour moi, mère, sœur, frère d’arme, amour aussi même si nous n’avons jamais vraiment fait l’amour ensemble. C’est une histoire dure, tragique, pleine de respect de tendresse et de gratitude.
Kill lança le moteur démarra puis tourna à droite dans une rue mieux éclairée et bordée par quelques commerces encore ouvert, après quelques centaines de mètres il stoppa devant une devanture éclairée : Haiphong Station Beer and Motel disait un vieux panneau à la peinture écaillée.
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raison : rien que le nom du motel nous fait voyager. Je pense à Bagdad Café.
Un écrivain homme qui se met dans la peau d'une femme : ça aussi, faut le faire.
07/09/08 à 21h54
Soeur d'arme... faut-il qu'elle se dépouille de son genre...
ne pouvais-tu tordre le cou au terme consacré, ici? ou suis-je dans une ignorance qui m'empêche d'en apprécier la portée...
ne pouvais-tu tordre le cou au terme consacré, ici? ou suis-je dans une ignorance qui m'empêche d'en apprécier la portée...

Bravissimo !
ayé j'suis accro ....
ptêt mais le gars j'sens que c'est un vrai...
est déjà un voyage 

06/09/08 à 12h40
De l'argent ?
De la drogue ?
C'est tout ce qui me vient ...
De la drogue ?
C'est tout ce qui me vient ...

j'y suis aussi...
merci aubordufleuve
j'attends de lire la suite avec grande impatience...
j'attends de lire la suite avec grande impatience...
je lis


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auborddufleuve
publié le 6 sept. 08