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catégorie : création littéraire
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Anne, bonjour
d’abord tout va bien, ne t’inquiète pas.

Ensuite merci d’avoir bien voulu rassurer tous ceux que je t’avais demandé d’appeler dans ce coup de fil un peu brusqué, je l’avoue.
Je te dois quelques explications. Les voici.

Je commence par le décor.
Je t’écris du bout du monde, sur une table de fortune, une vieille caisse défoncée qui date probablement d’un de ses séjours antérieurs.
Devant moi l’Atlantique, et ses rouleaux gris qui cassent dans une symphonie qui vaut bien celles de Mozart … hum, peut-être que j’exagère, me laissant emporter par la sérénité grandiose de l’endroit. Rien n’égale Mozart .. et quelques autres. Plus loin sur la droite les fantômes mangés de rouille du cimetière des bateaux sans nom. Des dunes à l’infini. Et derrière moi l’immensité de l’Afrique.
Je suis là avec Simon.

Toute l’histoire qui m’a menée ici, dont tu ne connais que des grandes lignes vagues, se trouve dans mon ordinateur, que j’ai confié à la vieille dame en dessous de chez moi. Elle a ton nom, elle te le donnera quand tu iras la voir. Code d’accès : FC1421 (FC pour fortune carrée, 1421 pour le livre dont je t’ai tant parlé).

J’étais chez moi quand le téléphone a sonné. Il était tôt le matin, six heures et des poussières. C’était sa voix. Mais sa voix comme celle d’un autre, qui me disait d’un ton impersonnel, sans que j’aie le temps de réagir et de manifester une émotion compromettante, que le taxi que j’avais commandé serait là dans vingt minutes. Et puis il a raccroché.
Je n’ai pas réfléchi plus loin que ces vingt minutes. J’ai suivi mon intuition qui me disait qu’il avait renoncé à LE faire, c’est tout ce qui comptait.
J’ai enfilé un jean et un T shirt, jeté dans mon sac des baskets et des choses d’été (j’étais sûre qu’il visait l’Afrique où il se sent en sûreté), un petit appareil photo – je ne peux pas renoncer à tout -. J’ai vérifié que mon passeport était bien dans mon sac. J’ai appelé ma vieille dame dont je sais qu’elle se lève aux aurores pour lui confier mon ordinateur pour toi. Elle devait être surprise, mais n’a rien dit. J’imagine qu’il devait y avoir dans mon ton et mon regard de quoi lui faire comprendre que c’était important …

Un mot pour la gardienne, un pour maman. Et j’étais en bas au moment même où le taxi arrivait. Et me voilà partie à travers Paris au petit matin. En passant devant Le dôme des Invalides, tous ses ors allumés par le soleil, je m’en suis emplie les yeux, ne sachant quand je reviendrais.

Ce n’est qu’à ce moment en fait, quand j’ai vu disparaître les Invalides, que j’ai commencé à m’interroger. Le chauffeur n’étant pas « causant », j’ai attendu sagement. C’est fou comme j’ai appris la patience.

Il m’a arrêtée à la gare de Lyon et m’a tendu un billet de train pour Marseille. Il a dit que tout était payé, qu’on m’attendrait là-bas, sur le quai, il est reparti.

Assise à une fenêtre, j’ai regardé passer les champs, les peupliers, les petites églises, les jardins où jouaient des enfants, en me disant que c’était beau, la paix .. Même les vaches me semblaient belles ! Tout était fini. Peut-être que tout commençait aussi de mon rêve impossible, mais l’essentiel, c’était bien cela, que le cauchemar soit fini. « La chose » n’allait pas arriver.

A Marseille il n’y avait personne sur le quai. J’ai attendu, que pouvais-je faire d’autre, dévorée d’inquiétude.

Je ne l’ai pas vu arriver. J’ai simplement senti une silhouette, un businessman avec ce look mal rasé branché que je déteste, s’arrêter près de moi comme pour regarder le panneau devant lequel j’étais plantée à l’attendre. Il m’a glissé sans me regarder : « Dehors. Une Volvo rouge. Tu montes dedans, tu fais ce qu’il te dit, tu m’attends ».

J’ai suivi les instructions, le chauffeur, pas causant non plus, mais cette fois-ci je n’ai même pas essayé de parler, m’a amenée sur le quai, devant un gros cargo à la coque noire. Il m’a juste dit de monter à bord. Un marin m’a menée à une cabine pas si inconfortable que ça. Et je l’ai attendu.

Tu imagines le désordre dans ma tête.
Ou est-il, pourvu qu’il ne lui arrive rien avant d’attraper le bateau, que s’est-il passé, où allons-nous ? Et puis aussi, des pensées idiotes, enfin pas tant que ça, qui va s’occuper de « ma petite entreprise », et de mon appartement, enfin ce genre de choses. Je compte sur toi…

Le soir tombait, j’avais faim, j’ai hésité à sortir de la cabine! Mais je n’ai pas bougé. Et puis tout d’un coup, toc toc à la porte, c’était lui. En docker avec une casquette. Ca lui allait mieux que le déguisement de business.
Il a fermé la porte à clef, s’est assis contre moi sur le lit, sans un mot, j’ai mis mes bras autour de lui, et j’ai attendu.
Il s’est endormi, comme une masse!

Je suis restée sans bouger. Par le hublot entrouvert j’entendais les bruits du port, le mugissement d’un bateau, le grincement des grues, les appels des dockers ou des marins, le cri des mouettes. Je le regardais, émue, des tourbillons plein la tête, trop d’idées en fait pour pouvoir les démêler. Et surtout un soulagement immense, un incroyable sentiment de libération.

Il s’est réveillé dans les premiers frémissements du bateau, avec le bruit de l’ancre qu’on remontait. Et là, comme pour rattraper le temps perdu, il m’a raconté tout ce qu’il avait voulu me dire et que je n’avais pas voulu entendre.
Tu ne pourras pas vraiment comprendre ce que je t’écris avant d’avoir lu mon récit, mais tant pis, tu reliras cette lettre après.

Il m’a raconté les valses hésitations de ses commanditaires, dont il ne m’a pourtant pas révélé l’identité (je n’ai rein demandé !). Dans le genre vous y allez, non pas tout de suite, attendez...

Bref les relations se tendaient, la méfiance montait. Ils continuaient leurs vols d’entraînement, mais le cœur n’y était plus.
Et puis il a reçu un coup de fil d’un contact très informé qui lui a dit qu’Atropos – il lui a même donné le nom de l’opération, c’est dire si la chose était compromise– était connu de sa cible, et lui a conseillé « amicalement » d’abandonner.

Tu ne les connais pas, mais en lisant le dossier Prométhée sur mon ordinateur tu découvriras que ce sont des hommes courageux, pas des kamikazes. Ils ne prennent les missions que s’ils estiment avoir des chances de les réussir et d’en revenir. Il ne leur restait donc qu’à plier bagage avant une casse maximum.

La bande s’est séparée. John a ramené l’avion à sa base, je ne sais où. Et lui, le leader, l’âme de Prométhée, et donc l’homme à abattre en priorité a pris ses mesures pour disparaître.
Je te passe le reste, ses zig zags à travers quelques pays de l’Est et arabes, ses arrangements pour me permettre de le rejoindre ..etc.

Le voyage jusqu’à ce bout d’Afrique où je t’écris a été long et reposant, pour le corps comme pour l’âme. Nous avons parlé, beaucoup. De lui, de son père, de ses deux ans de tôle et de la rage qu’il y a prise.

Je t’en parlerais bien, mais « that’s another story », comme disait Shakespere, qui vaudrait un livre à elle toute seule. Une autre fois peut-être, si nous nous en sortons. Car rien n’est acquis, et ses poursuivants ne sont pas des idiots. Heureusement le pays est désert. Il n’y a personne à 100 kms à la ronde, que quelques Hereros ( tribu locale) qui lui sont acquis, et qui le préviendront du moindre mouvement. Evidemment si l’on nous repère nous ne sommes pas à l’abri des projectiles en tous genres d’un avion de chasse, mais il leur faudra du temps de toutes façons pour nous retrouver.

En attendant – ou surtout en n’attendant pas, car ce n’est pas son genre d’attendre qu’on vienne le chercher, et il est en contact radio avec je ne sais qui pour préparer je ne sais encore quoi – nous vivons là comme le bon sauvage selon Rousseau.

Nous grillons au soleil, nous faisons de longues marches sur la plage déserte qui s’étend à perte de vue, nous mangeons du poisson pêché par les Hereros (très bon pour la mémoire !) et des pommes de terre cuites sous la braise, avec les doigts, un vrai délice. Ca manque un peu de fruits et de tartes Tatin, mais je me suis fait une raison !

Au crépuscule nous regardons le soleil « se coucher en confitures de crime » (ça c’est de JM Levet, un poëte diplomate qu’aimait Papa). Nous discutons longuement le soir devant le feu, j’apprends trois mots de Herero par-ci par-là .. les voyages forment l’esprit !
Et nous dormons sous la tente, bercés par le bruit des vagues.

IL a l’air heureux, comme je ne l’ai jamais vu. Détendu. Quand il rit je pense au petit garçon qu’il fut, et je m’attendris.
Je ne sais pas combien de temps ça durera.

Lui qui n’était jamais armé a maintenant un revolver dans le dos, coincé dans la ceinture comme dans les films ! Pas un gros calibre, mais m’a-t-il dit, efficace. Je suis en train d‘apprendre à m’en servir. Ca te rappellera les deux ou trois leçons que nous avions prises dans le stand de tir d’Issy Les Moulineaux. Mais apprendre à tirer pour se défendre et survivre est une toute autre expérience !

Heureusement nous ne manquons pas de munitions. Et je peux même dire, cocorico, que je tire plutôt bien ! Je n’en suis pas à cueillir les poissons au vol quand ils sautent hors de l’eau comme le faisait Castro, mais un vilain qui voudrait me faire du mal aurait une surprise !

Voilà où j’en suis aujourd’hui. Je carpe les dies, selon ma formule préférée.
Et pour demain ? Eh bien on verra demain !

En attendant je te mets sur une feuille séparée les noms des gens qui peuvent régler mes affaires diverses et variées ! Tu trouveras tout dans mon ordinateur.

Je confierai cette lettre demain à un Herero qui part en ville (à cent kms d’ici). J’espère qu’elle ne mettra pas des mois pour t’arriver.
Merci mille fois d’avance.
Je t’embrasse.
Alexa


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Voici les 17 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 23/07/08 à 21h04
--odyssee--
passe en mode "privé" : j'voudrais en savoir plus !
En tout cas pas au Gabon ............
 23/07/08 à 20h26
--odyssee--
 23/07/08 à 20h11
Lili_jane
stp, dis adieu aux armes... tout de suite ! pas besoin de ça pour séduire !
Attention aussi aux poissons..... du rhone...! ils sont tous contaminés au PCB et ça, au moins jusqu'à Marseille !

Et encore, Mozart, oui oui...

en voilà un qui ne parle que de fleuve, mais on pourrait se croire auborddel'ocean !!!

http://fr.youtube.com/watch?v=PAGorX4sjv4


 21/07/08 à 22h22
 21/07/08 à 21h29
--odyssee--
l'homme ou l'ordi ?... quoique le l'ordi est formaté par l'homme... En tout cas moi, en tant que souris, je ne raconte pas de bêtises... sourire...
et puis les bêtises semblent me faire rêver et donc m'évader...
 21/07/08 à 21h02
d'après ce que j'en sais ............ le coin est plutôt pas mal paraît-il.
Ce comm est bien mystèrieux, je ne connais ni l'expéditeur ni le récipiendaire de la missive, pas grave non plus.
A quand le prochain larguage dans la DZ ?
Street : mon éponge (à Banyuls) je la garde.
Marie Constance et O_O : pourquoi pas ?
Bonne nuit à tous !
pour elle(s)
pour nous
le temps d'une lecture.
Dommage que ça s'arrête ...
Encore une lettre d'Alexa SVP
 21/07/08 à 18h01
--odyssee--
Celle de l'ordinateur ! Pour tout savoir !...
Peut-être aussi, celle de l'homme, car il semble savoir séduire...
 21/07/08 à 17h19
 21/07/08 à 17h11
ça m'a l'air chouette même si peut-être un peu long... je m'y colle.