Quatre minutes, film de Chris Kraus (ALL. 2006) : deux salles à Paris …
S’extraire du siège de la petite salle de cinéma, s’asseoir dans la salle sombre du bar du Lucernaire pour digérer le film. Remercier l’amie qui m’a parlé deux fois de ce film : le bouche à oreille fonctionne… si vous allez voir ce film, n’arrivez pas en retard, la salle est pleine ! Et le lendemain penser qu’on a le même sentiment qu’après « Vol au dessus d’un nid de coucou » ! vu à vingt ans. Sonnée …
Le seul mot qualifiant ce film est la violence, celle enclenchée par l’emprise sur l’autre, déclinée dans un système de poupées russes entre le présent et le passé, avec deux pendues comme symboles. L’une se balance près de Jenny quand elle se réveille. L’autre vivait en Allemagne nazie, communiste aimée à l’époque par une jeune infirmière devenue professeur de piano : Traude, depuis soixante ans dans la prison où elle rencontre à l’âge de quatre-vingt ans la jeune Jenny, violée par son père, accusée d’un meurtre.
Seule la passion de la musique lie ces deux femmes. L’une se mutile et a des pulsions suicidaires ; l’autre est rigide, procédurière. Jenny est jouée par Hannah Herzsprung, qui a pris des cours de piano et de boxe pendant cinq mois. Elle a effectué les cascades, notamment celle où elle se jette sur la baie vitrée de l’hôpital. Scène magnifique où elle raconte à Traude dans quelles circonstances elle a mis au monde un enfant, dans le même lieu, un étage plus haut.
Le point fort de ce film est le regard décapant, sans espoir sur l’âme humaine, plaçant le spectateur dans une déchirure constante. Cela est accentué par les gros plans sur les visages, celui de Monica Bleibten (la prof de piano) sort tout droit du trait énergique et expressionniste d’Egon Schiele.
La première vision du film est une plongée sur des bâtiments de l’incarcération, comme un immense jeu de lego, froid et coloré, éclairé artificiellement. Architecture sinistre, labyrinthe où arrive un piano sur un camion conduit par des hommes à la mine patibulaire (humour). L’univers est hyperréaliste, glauque, avec des pavés, l’humidité, et des poissons qui tombent d’une fenêtre ! Il y a quelque chose de tripal, mais aussi d’irréel, de non-sens. Un froid / chaud qui est peut être le style de Chris Kraus, qui serre les visages de près, ou élargit les plans pour accentuer le vide. L’esthétique est existentialiste.
La dernière scène se déroule à l’Opéra, et Jenny joue, mais pas d’un instrument de musique : elle joue sa vie, casse ses « cordes » d’une manière sublime (comme un nègre dirait son prof…) et martèle le rythme avec ses godillots. Elle sort tout ce qui s’est accumulé depuis l’enfance, et la vieille entend : elle boit du vin rouge, entend … et attend le verdict de la salle, puisque c’est un concours.
D’aucuns mauvais coucheurs trouvent que c’est une fin hollywoodienne : vous jugerez.
Je salue la performance de l’actrice, le sens de cet acte cathartique et le retour de ces deux femmes en leurs prisons respectives… avec les flics dans la salle et le Directeur de la prison, un mou qui ne voit que la publicité que lui fait cette jeune Jenny. Pas de happy end.
Ce film a reçu de nombreux prix dans des pays très divers. Vous pouvez le télécharger (Allociné). Je retournerai le voir, comme Vol au dessus …
S’extraire du siège de la petite salle de cinéma, s’asseoir dans la salle sombre du bar du Lucernaire pour digérer le film. Remercier l’amie qui m’a parlé deux fois de ce film : le bouche à oreille fonctionne… si vous allez voir ce film, n’arrivez pas en retard, la salle est pleine ! Et le lendemain penser qu’on a le même sentiment qu’après « Vol au dessus d’un nid de coucou » ! vu à vingt ans. Sonnée …
Le seul mot qualifiant ce film est la violence, celle enclenchée par l’emprise sur l’autre, déclinée dans un système de poupées russes entre le présent et le passé, avec deux pendues comme symboles. L’une se balance près de Jenny quand elle se réveille. L’autre vivait en Allemagne nazie, communiste aimée à l’époque par une jeune infirmière devenue professeur de piano : Traude, depuis soixante ans dans la prison où elle rencontre à l’âge de quatre-vingt ans la jeune Jenny, violée par son père, accusée d’un meurtre.
Seule la passion de la musique lie ces deux femmes. L’une se mutile et a des pulsions suicidaires ; l’autre est rigide, procédurière. Jenny est jouée par Hannah Herzsprung, qui a pris des cours de piano et de boxe pendant cinq mois. Elle a effectué les cascades, notamment celle où elle se jette sur la baie vitrée de l’hôpital. Scène magnifique où elle raconte à Traude dans quelles circonstances elle a mis au monde un enfant, dans le même lieu, un étage plus haut.
Le point fort de ce film est le regard décapant, sans espoir sur l’âme humaine, plaçant le spectateur dans une déchirure constante. Cela est accentué par les gros plans sur les visages, celui de Monica Bleibten (la prof de piano) sort tout droit du trait énergique et expressionniste d’Egon Schiele.
La première vision du film est une plongée sur des bâtiments de l’incarcération, comme un immense jeu de lego, froid et coloré, éclairé artificiellement. Architecture sinistre, labyrinthe où arrive un piano sur un camion conduit par des hommes à la mine patibulaire (humour). L’univers est hyperréaliste, glauque, avec des pavés, l’humidité, et des poissons qui tombent d’une fenêtre ! Il y a quelque chose de tripal, mais aussi d’irréel, de non-sens. Un froid / chaud qui est peut être le style de Chris Kraus, qui serre les visages de près, ou élargit les plans pour accentuer le vide. L’esthétique est existentialiste.
La dernière scène se déroule à l’Opéra, et Jenny joue, mais pas d’un instrument de musique : elle joue sa vie, casse ses « cordes » d’une manière sublime (comme un nègre dirait son prof…) et martèle le rythme avec ses godillots. Elle sort tout ce qui s’est accumulé depuis l’enfance, et la vieille entend : elle boit du vin rouge, entend … et attend le verdict de la salle, puisque c’est un concours.
D’aucuns mauvais coucheurs trouvent que c’est une fin hollywoodienne : vous jugerez.
Je salue la performance de l’actrice, le sens de cet acte cathartique et le retour de ces deux femmes en leurs prisons respectives… avec les flics dans la salle et le Directeur de la prison, un mou qui ne voit que la publicité que lui fait cette jeune Jenny. Pas de happy end.
Ce film a reçu de nombreux prix dans des pays très divers. Vous pouvez le télécharger (Allociné). Je retournerai le voir, comme Vol au dessus …
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Voici les 9 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
Qui nous sort chaque année un film bouleversant...
La bande annonce de celui-ci donne vraiment envie !
Cheers
La bande annonce de celui-ci donne vraiment envie !
Cheers
03/05/08 à 08h17
PollenAshes
Oui pour la rage et la grâce d'une Nikita : c'est une boule de feu - des yeux incandescents dans un corps puissant d'adolescente ... et les rides de la vieille, je pourrais les dessiner une à une ... Quant elle sourit on a l'impression que sa peau va tomber en petits morceaux.
Pour les prix, c'est bien quand c'est un "petit" film ... juste pour ça Aragorn ...
Quant à paul et figurine, bon anniversaire à tous les deux !
Pour les prix, c'est bien quand c'est un "petit" film ... juste pour ça Aragorn ...
Quant à paul et figurine, bon anniversaire à tous les deux !
laisse moi la faveur du repenti , accorde moi ta grâce , je jure devant Dieu de ne plus jamais pirater un com. pour plaire à PaulT."
... j'adore les fins hollywoodiennes...
... j'adore les fins hollywoodiennes...
Mais tu nous en dis déjà beaucoup trop... Et surtout faut que ça passe par Ici !
sans déflorer, merci, merci !
C'est vrai que le Lucernaire est une super adresse pour les films pas trop commerciaux... Dans mon souvenir par contre, le choix des séances est plus que restreint (genre le vendredi à 14h et le lundi à 22h30)... Mais ça reste un joli lieu de culture qui a une âme (et des c... pour la défendre
)
On va tâcher de voir ça
C'est vrai que le Lucernaire est une super adresse pour les films pas trop commerciaux... Dans mon souvenir par contre, le choix des séances est plus que restreint (genre le vendredi à 14h et le lundi à 22h30)... Mais ça reste un joli lieu de culture qui a une âme (et des c... pour la défendre
)On va tâcher de voir ça




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PollenAshes
publié le 2 mai 08