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Je n'aime pas madame bovary
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catégorie : création littéraire
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Flaubert aurait aimé l'adaptation de Madame Bovary que nous a donnée Claude Chabrol, j'en suis persuadée. Il avait lui-même l'étoffe d'un prodigieux réalisateur, je ne suis pas la première à le souligner. D’ailleurs, il m’a semblé lire, lorsque j’ai vu le film sur grand écran à sa sortie, que Chabrol avait choisi de citer le nom de Gustave Flaubert dans le générique, en qualité de réalisateur de son propre film. Est-ce le fruit de mon imagination ?.Je n’ai pas eu l’occasion de revoir ce film admirable depuis, l’un des plus beaux et plus forts de Claude Chabrol, qui en compte pourtant de remarquables à son palmarès. Je n’ai donc pas eu le loisir de le vérifier.

Le film de Chabrol se déguste avec délices, et le commentaire intitulé « Madame Bovary a ri », qui m’a inspiré ce billet, tout autant. Je salue ici son auteur.

Claude Chabrol réussi le tour de force de rester parfaitement fidèle à l’œuvre tout en y apportant un éclairage personnel. Il est rarissime de ne pas être déçu par l’adaptation d’une œuvre littéraire à l’écran.

Pour ce qui est de Rodolphe,le premier amant d’Emma, c'est un tout petit monsieur, un don Juan de sous-préfecture, un coq de village fat et extrêmement limité à tous points de vue, un simple étalon et basta ! Quant au second, il ne mérite pas que l’on s’y attarde, c’est un pleutre.

Celui que j'aime dans ce roman, mon préféré entre tous, c'est Charles, vraiment. Même si « La conversation de Charles était plate comme un trottoir de rue, et les idées de tout le monde y défilaient dans leur costume ordinaire, sans exciter d'émotion, de rire ou de rêverie. », je l’aime quand même.

Charles n’est peut-être pas un beau ténébreux, mais un mal aimé, « veuf et insolé », sans aucun doute. Lui aussi, il meurt d'amour à la fin, ne l'oublions pas. C'est lui, l'autre victime de l'histoire et non la moindre. Il n'hésite pas à triompher de sa modestie et de son humilité naturelles pour tenter une opération vouée à l'échec. Lucide, il connaît ses limites mais s’efforce de les dépasser pour plaire à sa redoutable épouse, jamais contente, jamais satisfaite, quoiqu’il fasse. La troisième victime, c’est Berthe, l’enfant de ce couple mal assorti et voué à l’échec dès le début.

Je n'aime pas Emma. Flaubert me le pardonnera. Même s'il a dit "Madame Bovary, c'est moi". Il aurait pu parler ainsi de chacun de ses personnages, de chaque bruissement de feuille, de chaque nuage qui passe. Il était intensément ce qu’il décrivait si justement, si parfaitement et si somptueusement, au prix de tant de souffrances physiques et morales. Il suffit de lire sa Correspondance pour s’en convaincre. Respect.

Emma est une vulgaire petite égoïste, grandie par des passions qui la dépassent. Peu sensible aux souffrances des autres, elle soucie comme d’une guigne de son propre enfant, trop attentive aux soubresauts de son cœur de midinette pour se préoccuper une seconde du bien-être des siens, de ceux qui l’aiment vraiment, sans rien recevoir en retour. Elle préfère la fuite, après avoir précipité sa propre famille dans la ruine, à cause des folles dépenses destinées à complaire à ses bellâtres d’amants. Elle se rachète toutefois par une phrase : « Vous profitez impudemment de ma détresse, monsieur ! Je suis à plaindre mais pas à vendre ! »

Elle s’inflige à elle-même son propre châtiment. Le suicide est indiscutablement le fruit d’une douleur immense et je ne nie pas qu’il demande énormément de courage. Mais il s’agit malgré tout d’une fuite, qui laisse l’entourage dans la détresse la plus totale. Se remet-on jamais du suicide d’un proche ? Je ne pense pas. Mais Emma ignore le véritable amour, je la crois incapable d’aimer, elle ne connaît que la passion, qui en est le simulacre. Non vraiment, je ne l’aime pas, Emma.

J'aime beaucoup en revanche l'interprétation de Charles tout en finesse qu'en a faite l'admirable Jean-François Balmer. Il figure tout en haut du panthéon des acteurs chers à mon coeur. Isabelle Huppert est admirable dans le rôle de sa vie. Elle est complètement habitée, envahie par le personnage d’Emma. Une actrice « folle de son rôle », comme l’a écrit si justement Télérama au moment de la sortie du film.

« […] et le chagrin s’engouffrait dans son âme avec des hurlements doux comme fait le vent d’hiver dans les châteaux abandonnés. » Décidément, je compatis au chagrin d’Emma, mais je ne l’aime pas.
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Voici les 107 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
 11/05/08 à 00h47
La sincérité est notre plus belle arme et aussi la plus efficace, ma chère amie, tu ne l'ignores pas. A toi aussi je dis haut et fort : Respect.
 03/05/08 à 18h05
et bien bravo pour ta sincérité, et rassure-toi, tu n 'es pas la seule à ne pas aimer Emma, moi non plus je ne l 'aime pas.
 03/05/08 à 00h03
Je plaide coupable, Votre Honneur.
Cela m'aurait bien plu pourtant...
 02/05/08 à 23h47
Varoumnirnirnir
dans l'annonce du film de Chabrol il est fait mention du titre Emma Bovary "de Flaubert" intervient à la suite comme titre complémentaire. La réalisation et l'adaptation sont signées chabrol. Mais toutefois cette bévue, témoigne unbewusein d'un caractère enclin la rêverie, bovarysquement vôtre, Nirnirnir, de Varoum
Enfaveur des propos osés de MYSTICMEG
 03/04/08 à 09h56
Il s'agit plutôt de cinquante réactions que de cent car mes réponses ne comptent pas, en principe.

Mais c'est super gentil de ta part en tout cas.
 03/04/08 à 09h50
Et on y arrivera à 100 réacs...
 28/03/08 à 13h46
Je n'avais pas le sentiment d'avoir "décalqué" Homotopie. Si c'est le cas, je le prie de bien vouloir m'en excuser.

Je m'estime comblée que mon petit commentaire ait obtenu autant de réactions. Je le considérais comme un galop d'essai et étais persuadée qu'il passerait complètement inaperçu.

De plus, je n'ai jamais eu jusqu'ici la possibilité d'avoir des conversations intéressantes à propos de Flaubert, sa vie, son oeuvre. Il m'est si cher au coeur. C'est "mon" grand homme. Je suis tombée en amour avec lui à un très jeune âge. Au risque d'être taxée de sentimentalité, je dirai sincèrement que si l'on ouvrait mon coeur, justement, son nom figurerait au nombre de ceux qui se trouvent à l'intérieur.

Voilà ! J'ai fait mon "coming out".
Je réagis souvent fougueusement mais sans méchanceté, je l’espère, car tous les avis m'intéressent.
Cela ne me dérange pas que l'on ne soit pas de mon avis (je serais même tentée de dire « au contraire !) pourvu que la réaction soit bien argumentée. Chacun ressent les choses différemment selon son degré de sensibilité, ses valeurs et son chemin de vie. Bien sûr qu'il m'est agréable d'avoir des échanges avec ceux qui se trouvent sur la même longueur d'ondes que moi, mais si nous étions tous d'accord sur tout, notre dialogue s'en trouverait appauvri. Nous nous enrichissons de nos différences.
Il n'y a aucune raison d'avoir honte de ne pas avoir lu tel ou tel livre "indispensable", Bernard, et il n'est jamais trop tard pour bien faire.

J'adhère pleinement à ce mot de Jules Renard : "Quand je pense à tous les livres qu'il me reste encore à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux." C'est l'une des perspectives qui m'aide à me lever le matin (je suis plutôt du soir ) et me donne envie d'entamer une nouvelle journée, que je souhaite très belle à toutes et à tous.

Je suis très heureuse d'avoir fait ta connaissance. A bientôt.
 28/03/08 à 13h27
J'apprécie énormément vos réactions. Je les trouve vraiment intéressantes, pertinentes et enrichissantes. Peu importe qu'il s'y soit glissé un r de trop.

Je me sais puriste mais je me soigne. De plus, je ne suis gênée que mes propres coquilles, et elles ne manquent pas. J'ai beau réécrire frénétiquement (je ne sais pas faire autrement), il reste toujours des redites, des coquilles, des fautes de frappe, des erreurs de syntaxe et des lapsus.

J'avais d'ailleurs relevé un magnifique lapsus dans un original de Flaubert à l'exposition que la Bibliothèque nationale a consacré il y a quelques années aux "Manuscrits d'écrivains". Il vous intéresserait beaucoup, car cela avait un rapport avec sa mère.

Lorsque je l'aurai retrouvé, je vous le livrerai. Il me semble qu'il avait écrit "ma mère et ma mère" au lieu de "ma mère et mon père". Intéressant, nicht wahr?
 28/03/08 à 13h17
J'adore "Some Like it Hot" en général et ces répliques en particulier. Merci pour cet intermède léger et drôle. Nous avons tous besoin d'un peu (beaucoup) d'humour et de légèreté. Cela fait tellement de bien. Merci beaucoup.
Des choses justes et des conneries... Homotopie n'a pas raté la sienne et bravo Mystic Meg de l'avoir décalqué (voir le com d'Homotopie récent sur son "heure de rut" entre deux avions, et sa ridicule annonce).
Bravo à mes deux amies Janis et Stare...qui, comme c'était prévisible, rejoignent les idées que tu développes dans ton excellent comm, Mystic.
J'avais honte de n'avoir que vu le film, et pes encore(à mon âge!) lu le livre, tu me déculpabilises un peu.
Donc, vivement ton prochain com! L'inaugural a tellement bien marché!(tu dépasseras sans doute les 100 réacs)
.
Pour me faire pardonner,

un peu d'humour...

oOo

_ Daphné : We can't get married at all
_ Osgood : Why not?
_ Daphné : Well, in the first place, I'm not a natural blonde!.
_ Osgood : Doesn't matter...
_ Daphné : I smoke. I smoke all the time..
_ Osgood : I don't care.
_ Daphné : I have a terrible past.
_ For three years now, I've been living with a saxophone player..
_ Osgood : I forgive you.
_ Daphné : I can never have children.
_ Osgood : We can adopt some
_ Daphné en ôtant sa perruque : You don't understand, Osgood, I'm a man!.
_ Osgood : Well.. nobody's perfect!
_
_ “Some Like it Hot” Billy Wilder - sortie américaine : 29 mars 1959
.
.
 28/03/08 à 00h05
qu'un r était de trop, un détail qui ne reste pas inaperçu pour les puristes ...

Vu et corrigé ... par la pensée

Heureuse de vous avoir rencontrer. Vos arguments élargissent nos univers.
 27/03/08 à 18h34
Vous avez mille fois raison. Bien sûr que Caroline Flaubert était omniprésente dans la vie de Gustave. Il a vécu avec elle jusqu'à la fin. Il était marié non seulement à la grammaire mais aussi à sa chère maman, qui tremblait pour son fils dès que celui-ci s'éloignait. Un bel exemple de mère castratrice.

Madame Flaubert était une femme peu démonstrative, froide, assez stricte et un tantinet sévère (regardez les tableaux qui la représentent) mais certainement pas mauvaise. Elle était capable de compassion et l'a prouvé vis-à-vis de Louise Collet, comme je l'ai déjà souligné.

Les relations que les différents membres de cette famille entretenaient les uns avec les autres étaient plutôt surprenants. Quand on pense que Gustave, son père et sa mère ont accompagné Caroline et son mari en voyage de noces... Même si la pratique n'était pas rare à l'époque, cela laisse songeur.

Je me souviens aussi de la visite qu'a rendue Flaubert père à une ancienne amoureuse pendant que femme et enfants attendaient sagement dans la rue. La réalité dépasse la fiction...

Votre analyse est d'une justesse fulgurante. Une petite précision s'impose cependant : je n'ai jamais écrit ni pensé un seul instant que Flaubert était hystérique. A Dieu ne plaise !

Je n'ai pas le temps de m'attarder sur ce sujet maintenant, mais j'en écrirai plus très prochainement.
 27/03/08 à 18h15
Tout ce que vous écrivez sur Flaubert m'a l'air fort bien renseigné. Cela me passionne.

Cependant, dans l'hystérie, ce n'est pas le rapport au père qu'il faut relevé mais le rapport à la mère (bizarrement).

Flaubert aurait-il eu des rapports fusionnels à la mère (c'est ce que vous suggérez dans l'une de vos réacs).

Ensuite, un père qui n'écoute même pas et s'endort alors que son fils lui lit une de ses plus belles oeuvres, n'est-il pas ce père absent, fréquent dans la névrose d'hystérie. Je veux dire que le père est peut être physiquement présent mais que le pouvoir est transféré sur la mère : une mère devient alors envahissante et toute puissante, la toute puissance ...

Analyser l'oeuvre de Flaubert à travers ce prisme devient passionnant.
Amour en latin faict amor.
Or donc provient d'amour la mort
Et, par avant, soulcy qui mord,
Deuils, plours, pièges, forfaitz, remords...

Blason d'amour

Il me semble assez justement décrire ce qu'elle a vécu.
 27/03/08 à 15h36
Et merci aussi pour l'intermède musical. Excellent choix. Je l'écoute en ce moment.
 27/03/08 à 15h32
Ce qu'écrit Douglas Kennedy est fort juste. Merci de l'avoir cité ici. J'ai de plus en plus envie de le lire.
 27/03/08 à 15h30
Je pense comme vous que Flaubert a étudié son Emma avec la précision d'un clinicien. N'oublions pas que son père était chirurgien-chef à l'hôpital de Rouen, que la famille Flaubert y avait un appartement et que Flaubert et sa soeur Caroline, enfants, ont assisté par la fenêtre à de nombreuses autopsies.

Cette atmosphère mortifère a profondément marqué le jeune Gustave et a jeté une lumière noire sur toute son oeuvre. C'était à la fois un bon vivant (natif du Sagittaire), un "viveur" effréné, un joyeux luron avec une tendance marquée à l'humour potache mais il pouvait également s'imposer de longues périodes d'ascétisme, de chasteté totale et d'âpre solitude (ascendant Scorpion). La famille Flaubert avait fait établir son thème à sa naissance. Je possède une copie de sa carte du ciel, qui est extrêmement révélatrice de ce double aspect de sa personnalité.

Flaubert manie la plume comme un scalpel (à l'instar de Proust dont le père était également médecin) et il écrit son histoire avec le recul d'un psychiatre. Il se défend de manifester la moindre émotion, la moindre compassion pour ses personnages. Je vous rappelle que Madame Bovary était un pensum que ses amis Louis Bouilhet et Maxime du Camp lui avaient infligé pour le corriger de sa propension au lyrisme échevelé.

"Emma est narcissique, destructrice et perverse." Elle est seulement hystérique. Et lorsque Flaubert disait "Emma, c'est moi". C'est aussi possible de rencontrer des névroses hystériques chez les hommes, malgré la racine du mot. ça fait des dégâts structurels, l'hystérie.
 27/03/08 à 14h49
.
_ «Emma Bovary fait du shopping tout le temps.
_ C'est un signe de dépression.
_ Aujourd'hui, le capitalisme a gagné,
_ le monde entier est dépressif.»

_
_ Douglas Kennedy, 51 ans,
_ écrivain new-yorkais vivant entre Londres et Paris.
.
.
 27/03/08 à 14h40
J'ai réfléchi sur le chemin ... Le personnage de Emma est à mon sens fascinant parce que c'est un cas clinique. Evidemment, c'est mon point de vue. Emma est le modèle de l'hystérie, névrose étudiée par Charcot, Jung et Freud, particulièrement remarquée au XIX ème siècle, période de grand puritanisme, de rigidités sociales qui étouffaient les libertés et la sexualité des femmes surtout !
 27/03/08 à 08h54
Lorsque j'ai écrit ce petit commentaire, c'est au roman, mon préféré parmi tous, plus qu'au film que je pensais. Il s'est trouvé classé dans la rubrique "Cinéma" parce que j'ai eu envie de l'écrire après avoir lu ici un autre texte, qui parlait du film de Chabrol.

Mais peu importe puisque j'ai adoré l'adaptation cinématographique de Madame Bovary. Ce qui importe, c'est que cela puisse donner envie à certains de (re)lire le roman et/ou de (re)voir le film.
 27/03/08 à 07h55
Emma m'amuse. Ces tourments m'affligent et me fascinent. Emma, c'est une partie de toutes les femmes. Emma, c'est peut-être la part obscure de la féminité comme me disait un ami. La réalité pour elle est un miroir qu'elle harcéle avec une question irrésolue "suis-je la plus belle ?". Elle en meurt forcément car elle confond amour et plaisir, plainte et jouissance. Emma est bien plus complexe qu'une simple question aussi. Son histoire est encore d'actualité. Merci, je prendrai plaisir à revoir ce film.
 25/03/08 à 20h56
Je suis entièrement d'accord avec votre brillante analyse, en particulier avec sa conclusion.

Madame Bovary est loin d'être à plaindre en effet. Elle n'est tout simplement pas douée pour le bonheur. Même la fuite avec Rodolphe ne l'aurait pas rendue heureuse. C'est une insatisfaite chronique.

Elle met fin à ses jours plutôt que d'avouer la vérité à son pauvre Charles qui l'aurait pardonnée sans aucun doute. J'adore le roman et son auteur, mais l'histoire me navre. C'est un beau gâchis.
 25/03/08 à 20h26
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Nessun Dorma

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The 3 Tenors

Carreras
Domingo
Pavarotti

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http://minilien.com/?lb9hgqP6xK
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 25/03/08 à 20h16
Par rapport à beaucoup de femmes de son époque, Emma était heureuse (mais ne le savait pas) : un mari gentil, une situtation matérielle correcte, des amis, deux amants dont ma foi bien des femmes actuelles se contenteraient : un comte bien fait de sa personne, un peu inconséquent, certes, et un petit jeune, ardent. Tous les deux lâches, mais laissons cela.
Un milieu qu'une âme insatisfaite peut avoir envie de transcender, mais il ne suffit pas d'être insatisfait pour le faire : le défaut d'Emma, c'est qu'elle n'est pas douée. Quand Flaubert dit "Madame Bovary c'est moi", on a envie de lui répliquer sauf que toi, tu es doué pour l'écriture. Tu peux transcender la médiocrité, alors qu'Emma ne le peut pas. Elle est juste insatisfaite. Elle prend bien des leçons de piano...mais en fait peu de profit, même si ce M. Homais trouve qu'elle fait des progrès fulgurants...
Un 2ème défaut d'Emma : son matérialisme. Elle se croit une âme supérieure perdue dans une rêverie, des aspirations sublimes, en fait Flaubert démontre, lors du bal donné par les aristos du coin, qu'elle est fascinée par le luxe, l'argent, la vie facile des gens riches. A la fois terre à terre et naïve. Victime d'un manque d'honnêteté vis à vis d'elle-même. Je pense qu'étant jeune fille, élevée dans son couvent, elle a eu d'authentiques et infinies rêveries, mais après "avoir connu les souillures du mariage et les désillusions de l'adultère" (phrase qu'on a beaucoup reprochée à Flaubert lors de son procès, arguant qu'il aurait pu inverser les termes!), ses rêveries ont dû prendre une autre orientation.
La souffrance d'Emma, c'est la souffrance des êtres suffisamment lucides pour vouloir aller au-delà de ce que leur apporte leur vie quotidienne, mais qui auraient mieux fait de s'en contenter...car aucune qualité en eux ne leur permet cette transcendance (c'est également ce que dit Diderot dans "le neveu de Rameau" : la souffrance d'un musicien, lucide, intelligent,...mais à qui il manque le génie de Rameau).
Evidemment, tant de pages, d'énergie, consacrées à une petite bonne femme de province sans grand intérêt, qui rêvasse au lieu de faire ses confitures et au final cause le chagrin et la ruine des siens, au lieu d'avoir su savourer épicuriennement chaque instant qui passe... A méditer.
Comme celle de Beauvoir, ma Maman m'a interdit, quand j'étais plus jeune, de lire certains classiques, dont Madame Bovary et l'Education Sentimentale.
Du coup je ne les ai jamais lus, mais vous me donnez envie de combler cette lacune. Que de livres à (re)lire, une vie n'y suffit pas ! J'avais réussi néanmoins et clandestinement à voir le film ! Tout comme vous, j'aime beaucoup Balmer. Quant à Huppert, n'ayant pas lu Madame Bovary, je me demande dans quelle mesure elle ne rend pas plus glacial son personnage, car cette actrice que j'admire du reste se cantonne souvent à des rôles de femmes froides et perverses qui, comme vous le dîtes si bien, n'ont "pas de sentiments, seulement des pulsions"... Je sens que je vais beaucoup apprendre à vous lire, et m'en réjouis d'avance...
......oui que d'années écoulées depuis ma jeunesse où j'ai découvert tous ces grands auteurs : Balzac , Stendahl , Zola ;Maupassant ,Flaubert etc ...

Je voudrais souligner ici votre brio littéraire Mystic , et vous 'avez donné une analyse de l'oeuvre très interressante .peut-être nouvelle pour moi .

je me suis faite non l'avocate du diable , mais d'une cause perdue .
Mais que cet échange est fructueux .

Je voulais préciser que Flaubert s'est inspiré de Balzac , qu'il admirait , notamment de :

" la femme de trente ans " ....pour Madame Bovary..
" Le Lys dans la vallée " pour " L'éducation sentimentale ".Là il retranspose la grande passion qu'il éprouva pour Elisa Schlésinger , rencontrée à Trouville alors qu'il a 25 ans .

Je me souviens avoir aimé son roman " Salammbô " , mais je devrais rafraîchir ma mémoire pour retrouver toutes les subtilités de livres aussi denses et profonds .que j'ai lu il y a pas mal de Temps .

Car derrière toutes ces histoires romanesques se profile une critique acerbe de la bourgeoisie de l'époque .
Flaubert fut d'ailleurs poursuivit pour " atteinte aux bonnes moeurs " ( avec madame Bovary ) , comme Beaudelaire le fut avec " Les fleurs du mal "....

Aujourd'hui ça prête à sourire , et celà démontre à quel point les carcans et préjugés étaient lourds dans la France de cette période .

Merci Mystic de m'avoir permise une petite immersion dans mes lectures de jeune fille et dans mes souvenirs .
Je connais quelqu'un dont c'est le prénom pour de vrai... Elle est belle comme un ange et hyper cool. C'est comme cela que je t'imagine.

Merci pour ton passage ici, pour ta charmante présence et tes commentaires toujours si fins et intelligents, ici comme ailleurs. Oui, j'ai remarqué.
 20/03/08 à 18h44
Merci très cher. On ne reçoit bien qu'à la hauteur de ses hôtes, et j'ai eu la chance de n'accueillir que les meilleurs,parmi lesquels vous êtes le bienvenu.

J'ai toujours rêvé d'avoir un salon littéraire et PCC nous offre la possibilité d'en ouvrir un chacun. Grâces soit rendues à ce merveilleux média et à ceux qui le hantent, ou du moins le fréquentent.
......
Et je vais peut-être me faire écharper , mais je veux prendre la défense d'Emma !

Vous l'avez tous " suicidée " une seconde fois .
C'est horrible !

Cette femme est en proie à la plus vulnérable de ses faiblesses .
Bien sûr .

Mais replaçons- nous à l'époque où FLAUBERT a écrit ce roman .

Une bourgeoisie de province qui affiche , mais ne vit rien d'exaltant .
Une éducation religieuse , rigide , imposée .
Ensuite un mariage subit , avec un homme qu'elle méprise .

Que sait-elle de l'Amour ?
Rien ou presque .
Sauf dans son imaginaire .

Je vous trouve sévère avec Emma .

Lorsqu'elle ressent les émois de la passion ,
elle chavire .
Elle tente d'ailleurs de résister au début .

Cette femme souffre .
Peu importe que celà soit du romanesque ou du romantisme .

Cette femme est écartelée dans un mode de vie qu'elle exècre , avec le poids de l'éducation , de la religion , de la mentalité " petite bourgeoise " de l'époque .
Trop de carcans qu'elle pense pouvoir transgresser .
Ne serait-elle pas sincère avec ses amants .?
Je pense que si .

Elle se ruine , et sa famille avec , pour Rodolphe .
Car le pouvoir de L'argent , comme toujours , est énorme .
Et là encore on s'apperçoit que l'argent a tout gâché .

Et à cette époque , un nanti ruiné , n'a pas d'autre solution que le suicide .
Le déshonneur , à cette période , est un phénomène de société .

Cette femme a voulu sortir de l'ennui , connaître les étourdissements de la passion .de L'Amour .
Car pourquoi n'aimerait-elle pas vraiment ?
Elle est sincère , à chaque fois .
Est- ce si facile d'aimer ?
Même aujourd'hui .

RIEN DE PLUS DIFFICILE QUE L'AMOUR , LE VRAI , LE GRAND ,
comme on dit .

Et alors ! qui peut lui jetter la 1ere pierre ?
Elle est simplement humaine avec ses faiblesses .
Elle le payera très cher d'ailleurs .

J'ai plùtôt de la compassion pour cette femme , viictime du milieu qui l'a " assassiné " moralement .
Pour elle , aucune autre issue que la mort .

C'est cruel !
Et je ne vois pas pourquoi on en rajouterait .

Moi J'AIME EMMA ;.............et j'assume ..........;


Mais Mystic ce com est excellent car il déclenche la passion ., enfin la mienne en tout cas .
Merci

Botticella



.
 16/03/08 à 10h34
Merci. Charles ne sait pas se faire aimer de Emma, en effet, car il est maladroit de corps et d'esprit. Mais il est aimant, ce qu'elle ne sait pas voir.

On ne peut dire d'Emma qu'elle est aimante. Exaltée, passionnée, certes. Elle est surtout amoureuse de l'amour, ou plutôt du romanesque, qui n'a rien à voir, ni avec le romantisme, ni l'amour véritable.

Qui aime-t-elle vraiment au juste ? D'ailleurs, comment pourrait-elle aimer puisqu'elle ne s'aime pas elle-même ? Si elle était née un peu plus tard, elle aurait pu suivre une thérapie, qui l'aurait peut-être sauvée.
 16/03/08 à 10h26
Les nouvelles de Flaubert sont remarquables en effet ("Un Coeur simple", en particulier). En ce qui concerne ses romans, ceux que je préfère parlent de son époque. "Salammbô", si cher au coeur de Flaubert, m'éblouit moins.

J'avoue ne connaître Douglas Kennedy que de nom, mais s'il relit Madame Bovary tous les ans, il y a de fortes chances pour que ce soit un excellent prosateur. Cela me donne envie de le découvrir.

 16/03/08 à 10h16
Merci beaucoup. Le 19e siècle me fascine mais il ne faisait pas toujours bon y vivre, surtout pour les pauvres et les défavorisés (dont les femmes faisaient partie, même celles qui appartenaient à la bourgeoisie).

Le nôtre lui est-il vraiment supérieur ? En dehors des avancées de la médecine et de la science au général, j'en doute fort.
 16/03/08 à 10h12
Merci infiniment, ma belle. C'est tout à fait ce que je ressens : l'écrivain, et Flaubert en particulier, est effectivement un démiurge.

C'est aussi un précurseur qui dénonce les travers de la petite bourgeoisie et le sort fait aux femmes de son époque. Il ne ménage aucune des couches de la société, ni aucune institution (l'Eglise en prend pour son grade dans "Madame Bovary"). Sa description de l'agonie d'Emma, dont il compare les spasmes aux manifestations de l'orgasme lui a quand même valu d'être traîné en justice. "Madame Bovary" a fait scandale à l'époque. C'est un roman révolutionnaire à plus d'un égard.

Merci pour la suggestion de lecture. J'adore Rainer Werner Fassbinder et j'apprécie beaucoup certains des films de Chabrol mais pas tous. "Le Boucher", en particulier, avec la merveilleuse Stéphane Audran et Jean Yanne, est un bijou. J'aime beaucoup "La Femme infidèle" également, toujours avec Stéphane Audran et Michel Bouquet, dont l'interprétation tout en nuances et en menaces sourdes est remarquable.
 16/03/08 à 09h45
Handy Capt
Emma ou Charles ne sont pas plus aimables l'un que l'autre. Ce 19e, quel siècle !
 15/03/08 à 20h00
3ccd
tu arriveras peut-être bientôt à un glorieux5/5 !!
c'est vrai que l'écrivain est un démiurge et qu'il est en tout, le moindre bruissement, et Flaubert est expert dans la création des mondes, et aussi dans la représentation de ce qu'a été celui des femmes; à mes yeux, les tourments de Mme Bovary nous ont montré la voie de la liberté et l'horreur du carcan "petit bourgeois". Merci Mr Flaubert.
nb : Chabrol et son art a été trés bien décrit et honoré par Rainer Werner Fassbinder, à lire ou relire
l'un des très grands nouvellistes de langue française, amha.

par contre, j'ai été un peu moins convaincu par ses romans.

mais quand je pense que douglas kennedy relit madame bovary tous les ans, il me semble que la raison est de son côté -- le temps aussi.
 14/03/08 à 14h06
Je pense que Flaubert avait de la tendresse pour Emma, en effet. Mais ce n'était pas un tendre et Louise Collet en a fait les frais, même si elle l'a un peu cherché quand même. La note de rupture qu'il lui a écrite est un modèle de sécheresse et d'insensibilité. Je la retrouverai si cela intéresse quelqu'un ici.

Intelligente, brillante même, sensible, courageuse, aimante... la "chère Louise" n'a pas eu de chance en amour et j'en suis bien triste pour elle. Elle a été plus désirée qu'aimée, par Gustave comme par ses autres amants, presque tous célèbres aujourd'hui encore. Elle a écrit dans ses memorandums qu'elle les avait tous aimés sincèrement et je la crois.

Elle avait un coeur énorme et s'est battue jusqu'à la fin de sa vie pour défendre les faibles et les opprimés. Il est bon de souligner aussi qu'elle n'est parvenue à vivre de sa plume qu'au prix de multiples privations et a fini sa vie dans la misère. Heureusement, elle était entourée d'amis loyaux et fidèles, comme le méritait la femme remarquable qu'elle était. Respect.

Non, Gustave n'était vraiment pas un cadeau en effet. En amour, il était dur comme un roc et ne s'est vraiment attaché qu'à celle qu'il ne pouvait pas avoir, Elisa Schlésinger, qui lui a servi de modèle pour la Marie Arnoux de l'Education sentimentale.

Malgré toute l'admiration et l'affection que je porte à Flaubert, je n'aurais pas voulu être son amante. Son seul véritable amour était la littérature, mais je serais hypocrite de le déplorer. Il m'a apporté mes bonheurs littéraires les plus fulgurants. Sa vie d'abnégation et de semi ermite nous a fallu bien des chefs-d'oeuvre.

Mais j'aurais adoré être son amie si j'avais été sa contemporaine. Il était infiniment plus doué pour l'amitié que pour l'amour. Il n'avait pas le coeur sec, bien au contraire. Il est resté loyal et fidèle à ses amis jusqu'au bout et a souffert atrocement de leur mort (je pense à Louis Bouilhet le bien-aimé en particulier).

Flaubert a été aussi un frère aimant et dévoué. Sa soeur Caroline, malheureusement morte en couches dans tout l'éclat de sa jeunesse, était tout pour lui. Il y avait entre eux une merveilleuse complicité. Il s'est chargé de l'éducation de la fille sa soeur, appelée Caroline également (tout comme la mère de Flaubert d'ailleurs) avec beaucoup de d'affection et d'attention.

Il y aurait beaucoup à dire sur les relations familiales des Flaubert. Mais ce sera (peut-être) pour une autre fois.
j'aime les anti-héroïnes, mauvaises mères et incapables de reprendre à leur compte le stéréotype de la Femme amoureuse. Oui, ce livre est effrayant. Je n'aime pas Charles car il ne sait pas se faire aimer d'Emma.

Merci pour ce comm qui nous parle à la fois du livre, de l'auteur et du film.
 14/03/08 à 13h39
Il est plus que certain que ce serait la façon dont la malheureuse Emma se brûlerait les ailes une fois de plus... Et il n'y a pas que les esprits romanesques qui se laissent prendre aux sirènes d'Internet.

Bien à toi tout autant
 14/03/08 à 13h36
... je suis heureuse qu'il te plaise. La richesse et la diversité des réactions me font chaud au coeur, car c'est un sujet qui me tient à coeur, justement.

Tu as décidément beaucoup d'intuition.

Mais rien ne presse.
intéressantes sur le livre que sur la perception différenciée de chacun.

Je sens un autre comm se pointer
bien d'accord avec tout ce que tu dis
aujourd'hui Emma zapperait d'un amant virtuel à l'autre, en cherchant dans son imaginaire et ses fantasmes de quoi supporter son quotidien et ce jusqu'à ce que la realité la ratrappe et la fasse couler
Comme toi je n'aime pas Emma, pas plus qu'aucun des autres personnages caricaturaux de ce roman, qui ne sont la que pour prouver que la morale et le "ça se fait" doit passer avant nos véritables désirsbien à toi et bravo pour ce comm
encore "vivante" aujourd'hui ... "Décidemment, ... je compatis toujours au chagrin d'Emma, mais je ne l'aime toujours pas" aussi ....

Cependant ce que j'aime, c'est l'explication que tu en donnes, Mysticmeg et les réac. que génère ce com... et bien sûr la description des personnages, de "tes personnages" que tu décris -intensément- ... Merci pour ce retour d'un passé voilé .. au delà de la mer .... *****
 14/03/08 à 07h35
qu'il projette en elle quelque chose de lui, quelque chose qu'il n'aime pas, où en tout cas qu'il méprise.
ou qu'il se sert d'elle comme étendard pour partir en guerre contre une certaine forme de littérature.
ou de féminité... mais semble-t-il un seul instant soupçonner qu'il puisse en exister d'autres ?

je trouve qu'il y a une sorte de piétinement, de reniement dans ce roman, dans ce personnage. Une condescendance, chez Flaubert, pour tous ses personnages d'ailleurs... mais enfin particulièrement pour Emma. Jugée, impitoyablement, méprisée, tout le long. Il l'aimait vous dites ? Eh bien son amour ça ne devait pas être un cadeau !

hum.
sa vision de la belle Emma est l'illustration de sa sensibilité exacerbée..
C'est logique que vous l'aimiez...n'a-t-elle pas des points communs avec "la femme d'à côté" ?...
d'accord avec ce qu'il dit, à quelques détails près :
Ce "roman" a été en quelque sorte l'analyse psychanalytique de son auteur, et c'est certainement une des raisons pour lesquelles Flaubert a souffert en l'écrivant...
"Flaubert mis à nu", oui...mais également, Flaubert dénonçant "son" époque, "son" milieu, lieu de vie . (c'est joli la Normandie, mais on peut s'y ennuyer..s'y languir..la "vie" de province, quoi !)
Quant à l'incommunicabilité (je suis "emportée" que vous, enigme...), pensez-vous que de nos jours, on communique plus ?
en fait, là encore, se pose le "lieu où l'on vit"...le "clivage"Ville/Campagne"..
Quant à l'éducation sentimentale...c'est une question...d'éducation ....
Enfin, ce sont juste les "considérations" d'une "petite" provinciale...!
et vous en féliciter !
vivant en france depuis qques années et en province de surcroit (détail "de taille."..), j'ai constaté que des "Emmas", il en existait encore !
de là à établir un "lien" entre le lieu de vie (province) et la" personnalité "kitsch" de l'héroine de Flaubert , j'oserais presque faire le pas ...?
Le Bovarysme semble être un concept encore très présent dans l'esprit féminin de province, et pour cibler davantage, parmi les épouses des notables...
mais ce thème pourrait faire l'objet d'un autre débat...
En tout cas, merci !

 14/03/08 à 01h57
Il ne me semble pas que Flaubert ait voulu donner d'Emma une image antipathique. J'ai l'impression qu'il éprouvait de la tendresse pour sa "créature". Dans l'une de ses lettres (j'ai oublié laquelle et à qui elle était adressée), il parle des souffrances endurées par sa "petite femme". C'est plutôt affectueux, non ?
 14/03/08 à 01h53
Oui, Emma est agaçante, crispante et aussi insupportable que le crissement d'un ongle sur un tableau noir. Mais... paix à son âme.
Merci ! Et oui, Lacdegarance, même si Emma ne me fait pas peur, elle m'épouvante, c'est exactement le terme qui convient.
 14/03/08 à 01h41
Ce débat auquel j'étais à mille lieues de m'attendre me fait chaud au coeur. Vous ne me croirez peut-être pas, mais je n'ai pas eu l'occasion d'échanger des idées sur mon livre-culte et "mon" auteur adoré depuis un exposé au lycée. Je suis enchantée de l'occasion qui m'en est fournie ici et je remercie au passage Homotopie, dont l'excellent commentaire m'a offert l'indispensable l'étincelle qui m'a permis de me lancer.

Cela explique, sans l'excuser toutefois, le fait que je me montre quelque peu verbeuse.
 14/03/08 à 01h28
Emma ne me fait pas peur.

Je ne me permettrais pas non plus de la condamner. Et bien sûr que le destin des femmes et des hommes ne se réalise pas obligatoirement à travers la procréation. Il est indispensable que cela reste un choix. Le problème, ce qu'on ne l'a pas toujours, le choix. Je parle en connaissance de cause.

Et je suis tout, sauf raisonnable.
 14/03/08 à 01h20
Merci beaucoup pour cette suggestion de lecture. J'ai hâte de lire cet ouvrage !
 14/03/08 à 01h18
Nous sommes d'accord, comme souvent.
 14/03/08 à 01h12
Vraiment très intéressante, votre réponse à Enigme. L'analogie que vous y faites avec "La Confession d'un enfant du siècle" fournit matière à réflexion. Cela m'a donné envie de relire Musset en général et cette oeuvre-ci en particulier. Merci.

Il me semble que c'est surtout "la vanité des espérances humaines", que vous soulignez si justement, que Flaubert a voulu évoquer dans "L'Education sentimentale" et ailleurs. Souvenez-vous de son mot : "L'histoire du monde, c'est une farce".

Contrairement à Louise Collet, par exemple, il n'était pas du tout engagé et ne possédait pas de conscience politique à proprement parler. Il semble que la Commune, par exemple, l'ait laissé de marbre, pour autant que je puisse en juger. Il ne me semble pas qu'il voulait se faire le témoin de son temps. Il s'intéressait beaucoup plus aux civilisations anciennes qu'à son époque, qu'il n'appréciait pas particulièrement.

Ce qui l'animait presque exclusivement, c'était l'obsession de la phrase parfaite, à s'en rendre malade. L'écriture dans la douleur et la souffrance, tant morales que physiques. Il a ressenti dans son propre corps tous les symptômes de l'empoisonnement à l'arsenic d'Emma Bovary. L'écriture comme religion, comme apostolat. Sacré bonhomme !

Il faut souligner tout de même que "l'ermite de Croisset" avait le culte de l'amitié et qu'il en a formé de très belles dès son plus jeune âge. Il a aussi fait des choix moins heureux. Je pense en particulier à Maxime du Camp, personnage fort intéressant par ailleurs (il a été l'un des pionniers du photojournalisme), qui ne craignait pas de médire de son "ami", ce que je serais tentée d'attribuer à la jalousie. Mais ceci est une autre histoire...

En ce qui concerne le parallèle avec Proust, vous voyez juste je crois. On peut établir une multitude d'analogie entre les deux hommes. Flaubert et Proust étaient tous deux fils de médecin et portaient sur le monde un regard d'entomologistes. Ils avaient le même sens aigu du détail et de l'écriture épurée jusqu'au vertige. Il suffit de regarder leurs manuscrits que j'ai eu le bonheur de voir à la merveilleuse exposition que la Bibliothèque nationale a consacrée aux Manuscrits d'écrivains voici quelques années.

Contrairement à Henry James qui rédigeait d'un seul jet, sans repentir, sans la plus infime correction et dont le style est pourtant absolument étincelant (cela m'a stupéfiée d'apprendre ce détail dans la monumentale et remarquable biographie que lui a consacrée Léon Eidel), Flaubert et Proust réécrivaient jusqu'à l'épuisement.

Quelle émotion j'ai ressentie en voyant l'encrier en forme de crapaud et plusieurs plumes de Flaubert à cette occasion ! Mais je m'égare...
 13/03/08 à 23h31
lacdegarance
Très intéressant comm, vraiment. Cela m'a rappelé ma lecture de lycée, et le sentiment que j'ai eu pour Emma. C'est "poignant", le mot qui me vient. Cet univers, où la conscience des manques d'une vie mesquine, ne transcende pas celle-ci, mais y apporte un saccage de petite nature, m'avait épouvantée. J'avais beaucoup aimé le livre, je m'en souviens encore, et même de la couverture de celui-ci. Je me souviens de la description du visage d'Emma, ses cheveux faisant "deux bandeaux noirs" encadrant son visage, me semble-t-il...
Moi non plus, je n'aime pas Emma : elle est égoïste, et même pas passionnée. Pas de sentiments, que des pulsions, dis-tu : oui, c'est juste. Et elle se rate, elle tire toujours à côté. La mesquinerie qu'elle critique, elle en est porteuse, c'est effroyable.
 13/03/08 à 22h35
vidépleins
 13/03/08 à 22h22
Tu as compris le sens de ma question puisque tu as fini par y répondre.

J'ai du mal à concevoir que tu puisses envisager un instant, non pas d'être une femme, mais si tu l'étais, de ressembler à Emma Bovary ! J'avoue que cela me laisse songeuse. .. Il me semble qu'il ne manque pas de personnages de femmes admirables dans la littérature française et étrangère. Je pense en particulier à Marie Arnoux, dans "L'Education sentimentale".

Flaubert s'est beaucoup inspiré de son seul véritable amour (pour autant que nous le sachions) : Elisa Schlésinger, pour en faire le portrait. La tendresse qu'il éprouvait pour elle est presque tangible dans le roman.

Il y a aussi Yvonne de Galais dans le "Grand Meaulnes". Marie et Yvonne ne sont-elles pas plus intéressantes que la petite Emma qui paraît bien mièvre à côté d'elles ?

Si tu tiens absolument à incarner une femme fatale, pourquoi ne pas choisir plutôt Thérèse Desqueyroux, qui va jusqu'à tenter d'empoisonner le mari qu'elle ne supporte plus ? En y réfléchissant, il y a de multiples correspondances entre les deux histoires.

Ces deux héroïnes ont d'ailleurs été magnifiquement incarnées à l'écran par Brigitte Fossey, d'une part, dans le chef-d'oeuvre de Jean-Gabriel Albicocco (injustement tombé dans l'oubli) et par Emmanuelle Riva, d'autre part dans le film du grand Georges Franju.
"j'ai pas lu madame bovary"..

elle se perd dans sa passion, elle aime, elle a pris ce risque, contre tous. C'est elle qui a du courage !!!!!
 13/03/08 à 22h06
elle renvoie à nos gueules tout ce que nous acceptons par lâcheté quotidienne, tous ces renoncements successifs, ces concessions à la raison, ah la raison, cette garce qui rit en se jouant de nous.

 13/03/08 à 22h06
comment Rodolphe a été puni de son égoisme
ce qu'est devenu le fameux Homais
ce qu'est devenue la petite ville de Yonville
Et Léon , où est passé Léon ?
comment Berthe la petite fille de lla fin du roman tente d'apprivoiser la mort de ses parents (ne pas oublier que Charles meurt à la fin , Flaubert en fait 3 lignes sèches)

lisez "la fille d'Emma" de Claude-Henri Buffard
c'est du Flaubert un siècle après
mais c'est plus court qu'Emma
http://www.pointscommuns.com/la-fille-demma-commentaire-lecture-64289.html
 13/03/08 à 21h55