Elle est debout, dans sa cuisine.
Elle s'est arrêtée là, elle ne sait plus depuis combien de temps, elle ne sait plus pourquoi.
D'ailleurs, elle n'est pas vraiment là.
Ses yeux fixent le vaisselier mais ne le voient pas. Elle regarde cette cuisine, sa cuisine, mais dans sa tête défilent d'autres images.
Spectatrice d'elle-même, elle se revoit, la première fois où elle est venue ici.
L'agent immobilier qui lui vantait le charme de cette petite maison, les possibles qu'elle offrait pour "une somme modique, n'est-ce pas?".
Elle revit sa peur d'alors, mêlée à la joie d'avoir enfin un "chez-soi" bien à elle. Cette maison qui l'a apprivoisée et qu'elle a faite sienne, un peu de jaune ici, une cloison là-bas...
Elle tourne la tête et voit dans sa cuisine aujourd'hui les années passées. Tant d'objets accumulés, chacun lui soufflant son histoire à l'oreille.
Doucement, elle s'assoit, les deux mains posées sur la table. Les pouces saillants, les doigts qui peu à peu se recourbent, comme pour retenir un peu de cette vie qui lui échappe.
Lentement, elle les retourne. La paume est restée douce, incroyablement lisse, quelques centimètres carrés de jeunesse nichés au creux de ses doigts.
Ses mains qui n'obéissent plus comme autrefois, qui parfois refusent le geste amorcé.
Elle a besoin de respirer soudain, sortir de cette cuisine qui l'enserre dans ses souvenirs. Ses pas l'amènent au jardin. En passant, elle caresse le tronc du tilleul. Lui restera.
Machinalement, elle se baisse pour ramasser une "mauvaise" herbe, mais le potager a disparu.
Seul le plant d'oseille prend ses aises, grignotant chaque année un peu de cet espace qu'on ne lui dispute plus.
"Tu ne peux plus... Tu te fatigues...Sois raisonnable...Repose-toi..."
Elle se demande à quoi bon se reposer... mais son corps la rappelle à l'ordre.
Son esprit, lui, vagabonde, l'emmène en des lieux à nul autre accessible. Un voyage à l'envers, désordonné, porté par une odeur, une couleur, un rire, un écho.
De nouveaux, elle s'est arrêtée. ses genoux ont plié, elle est assise sur le banc tout proche.
Immobile, presque tassée, elle n'est plus vraiment là...
Elle s'est arrêtée là, elle ne sait plus depuis combien de temps, elle ne sait plus pourquoi.
D'ailleurs, elle n'est pas vraiment là.
Ses yeux fixent le vaisselier mais ne le voient pas. Elle regarde cette cuisine, sa cuisine, mais dans sa tête défilent d'autres images.
Spectatrice d'elle-même, elle se revoit, la première fois où elle est venue ici.
L'agent immobilier qui lui vantait le charme de cette petite maison, les possibles qu'elle offrait pour "une somme modique, n'est-ce pas?".
Elle revit sa peur d'alors, mêlée à la joie d'avoir enfin un "chez-soi" bien à elle. Cette maison qui l'a apprivoisée et qu'elle a faite sienne, un peu de jaune ici, une cloison là-bas...
Elle tourne la tête et voit dans sa cuisine aujourd'hui les années passées. Tant d'objets accumulés, chacun lui soufflant son histoire à l'oreille.
Doucement, elle s'assoit, les deux mains posées sur la table. Les pouces saillants, les doigts qui peu à peu se recourbent, comme pour retenir un peu de cette vie qui lui échappe.
Lentement, elle les retourne. La paume est restée douce, incroyablement lisse, quelques centimètres carrés de jeunesse nichés au creux de ses doigts.
Ses mains qui n'obéissent plus comme autrefois, qui parfois refusent le geste amorcé.
Elle a besoin de respirer soudain, sortir de cette cuisine qui l'enserre dans ses souvenirs. Ses pas l'amènent au jardin. En passant, elle caresse le tronc du tilleul. Lui restera.
Machinalement, elle se baisse pour ramasser une "mauvaise" herbe, mais le potager a disparu.
Seul le plant d'oseille prend ses aises, grignotant chaque année un peu de cet espace qu'on ne lui dispute plus.
"Tu ne peux plus... Tu te fatigues...Sois raisonnable...Repose-toi..."
Elle se demande à quoi bon se reposer... mais son corps la rappelle à l'ordre.
Son esprit, lui, vagabonde, l'emmène en des lieux à nul autre accessible. Un voyage à l'envers, désordonné, porté par une odeur, une couleur, un rire, un écho.
De nouveaux, elle s'est arrêtée. ses genoux ont plié, elle est assise sur le banc tout proche.
Immobile, presque tassée, elle n'est plus vraiment là...
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le temps qui passe... et se retrouver au bout face à soi même, en faisant le bilan et en se demandant comment continuer à avancer. Ce qui nous pousse quand même à vivre et à continuer.
non, peut-etre beaucoup plus encore.....

J'arrive un peu tard
Tu connais l'adaptation au cinéma par Djibril Diop Mambéty ?
Hyènes
http://www.senegalaisement.com/senegal/djibril_diop_mambety.html
Tu connais l'adaptation au cinéma par Djibril Diop Mambéty ?
Hyènes
http://www.senegalaisement.com/senegal/djibril_diop_mambety.html
... et d'avoir fait écho à ces quelques mots 

Combien d'arbres portent les caresses d'une vie et comme des bibliothèques muettes témoignent chaque jour de ce qu'est la vie:
"Un instant...
Encore un instant.... Monsieur le bourreau..."
(Marie citoyenne Bécu dite "la du Barry")
Que dire lorsqu'on abat les arbres...?
"Un instant...
Encore un instant.... Monsieur le bourreau..."
(Marie citoyenne Bécu dite "la du Barry")
Que dire lorsqu'on abat les arbres...?
bien sûr celà m'a rappellé Anna Gavalda, mais aussi une belle histoire qui commence avec des mots semblables, "Allons voir plus loin, veux-tu ?" d'Annie Duperey
Merci pour cette belle page.
et merci pour l'humour des commentaires qui fleurissent et éclaboussent gentillement cette nostalgie. Un tilleul/menthe svp aussi !
Merci pour cette belle page.
et merci pour l'humour des commentaires qui fleurissent et éclaboussent gentillement cette nostalgie. Un tilleul/menthe svp aussi !
27/02/08 à 10h11
texte me parle directement et en profondeur, la maison, son âme, ses secrets et tout le reste, les sentiments, attachements d'une dame à l'automne sensible de sa vie...(les échos plus larges qui se dessinent dans l'espace et le temps)...
N'ai pu réagir à la toile de Schiele qui me torture trop, ici je suis "obligée"...
N'ai pu réagir à la toile de Schiele qui me torture trop, ici je suis "obligée"...
une plume légère et précise, qui virevolte pour clouer la pesanteur sur écran : trés joli !
mais encore en vie...et le temps qui passe si vite...et qui parfois nous emporte au détour d'un jour qui point son nez...
ne jamais reporter a demain ce qu'on peut faire, ou ce qu'on a envie de faire...c'est aujourd'hui qu'on a envie, qu'on est encore "en-vie"...
ne jamais reporter a demain ce qu'on peut faire, ou ce qu'on a envie de faire...c'est aujourd'hui qu'on a envie, qu'on est encore "en-vie"...
Elle est très vieille tu sais cette petite mamie 

quand on la transpose à soi-même.
Pour moi, c'est bientôt !
demain, aprés-demain ...........
tout va si vite !
Pour moi, c'est bientôt !
demain, aprés-demain ...........
tout va si vite !
avace tant de finesse, de pudeur, de sensibilité
jolie "photographie" que cette -vie-ille femme..assise sur un banc, l'esprit voyageant....
bravo !
jolie "photographie" que cette -vie-ille femme..assise sur un banc, l'esprit voyageant....
bravo !
Enora et bcwn: c'est déchirant mais tellement ordinaire... D'une certaine façon, oui, ça fait envie, parce qu'elle a au moins cet espace de liberté 
prunelle: d'habitude, on me dit plutôt que je parle trop
lost: vieillir oui... Cette vieille femme a souvent envie de dire à ceux qui lui demandent de se reposer: à quoi bon? Pour mourir en pleine forme?
cata: saumon à l'oseille, huuuum.

prunelle: d'habitude, on me dit plutôt que je parle trop

lost: vieillir oui... Cette vieille femme a souvent envie de dire à ceux qui lui demandent de se reposer: à quoi bon? Pour mourir en pleine forme?
cata: saumon à l'oseille, huuuum.
qui chatouille les papilles et les ouvre sur les horizons marins. . ne se marie-t-il pas avec le poisson ? biz Filanzane
c'est le seul reproche
j'aime beaucoup.
j'aime beaucoup. alors elles sont prètes vos paupiettes
(j"avis jamais fait ;mais j'm'eclate un max a vouvoyer)
(j"avis jamais fait ;mais j'm'eclate un max a vouvoyer)
un si joli texte Filanzane,comme un petit film à l'objectif plein de douceurs, la peau douce des paumes... 

22/02/08 à 17h25
J'iamginais que ses enfants allaient venir pour l'emmener dans une "maison".... putain de panique...avoir la petit cacher de cyanure qui va bien pour partir "chez soi"
"La paume est restée douce, incroyablement lisse, quelques centimètres carrés de jeunesse nichés au creux de ses doigts." Comme tu écris bien avec des images émouvantes ! merci
"La paume est restée douce, incroyablement lisse, quelques centimètres carrés de jeunesse nichés au creux de ses doigts." Comme tu écris bien avec des images émouvantes ! merci
22/02/08 à 17h14
t de plus elle est sobre dans ses textes comme dans sa vie ...
elle bois des tisanes tout au long d'la journée (elle fait pipi près du tilleul a cote d'l'oseille)
j'en étais restée aux biques léchant des blocs de sel, moi...
vais en rester à la tisane, je crois... 

de tilleul
cet "oseille qui pourrit tout" quand-même...
...
En attendant, com délicat sur cette si rapide fuite du temps.
Merci à vous.
...
En attendant, com délicat sur cette si rapide fuite du temps.
Merci à vous.
une absence en soi et des images de soie.Doux texte .
Bravo
beaucoup de douceur dans ta description , à quoi peut penser cette petite mamie , assise sur son banc ? *****
"Son esprit, lui, vagabonde, l'emmène en des lieux à nul autre accessible. Un voyage à l'envers, désordonné, porté par une odeur, une couleur, un rire, un écho".
Très très belles phrases qui m'émeuvent.
Très très belles phrases qui m'émeuvent.
comme les bugnes quoi!!

du moment que je suis dans une cuisine, TOUT objet peut devenir potentiellement dangereux...
la marche du temps .... il reste le voyage ... par l'esprit qui vagabonde ... une forme de vie encore !!! beau com.
ya pas besoin de couteau ou autre objet de cuisine dangereux
Pour faire des truffes chocolat-noisettes par ex? 

ah zut !
unebonnebugne !
ça me fait rire aussi!!!!
intacts? 7
Je disais donc, albi et douve, merci...


C'est troublant de vérité. Merci.
PS : Script se lâche, ça me fait rire !!!
PS : Script se lâche, ça me fait rire !!!
c'est que je me suis coupée (encore) un doigt
quand y'en a plus, y'en a encore


superbe fil
take five
aucun tilleul à caresser, sauf en infusion.
alors je caresserai autre chose, si l'arthrose m'en laisse le loisir.

alors je caresserai autre chose, si l'arthrose m'en laisse le loisir.

je note qu'elle s'est mise à branler le tilleul. aurait-elle perdu le sens de la mesure ?
à moins que ce ne soit une tardive montée de sève...

à moins que ce ne soit une tardive montée de sève...

... sans plinthe.


arrachement, très joli ton texte Filanzane...
joli texte, Filanzane...


Je réagis à ce commentaire en
Je réagis à ce commentaire en 










Filanzane
publié le 22 février 08