Je me demande bien qui ça peut être.
Je ne vois vraiment pas.
Elle a l'air gentille en tout cas. Gentille, oui.
Mais quand même, c'est gênant.
Je vais lui sourire, tiens. Ah, elle a l'air contente. Elle me sourit aussi.
On dirait qu'elle attend quelque chose.
Je devrais peut-être lui dire qu'elle fait erreur. Que je ne la connais pas.
Mais je ne voudrais pas lui faire de peine. Et puis, ça me distrait. Je m'ennuie un peu ici.
Ici.
Je suis où au fait?
Il y a un lit, là, juste à côté. C'est bizarre. Qu'est-ce que je fais dans ma chambre à cette heure?
Quelle heure il est d'ailleurs? Je pourrais lui demander. Elle doit le savoir, elle.
Tiens, il y a un fil à sa jupe.
Mal coupée la jupe.
Moi, quand je faisais une robe, c'était autre chose. Je me souviens de celle de madame Marchand. Noire, avec juste des toutes petites fleurs blanches, rapport au deuil, n'est-ce pas. Elle trouvait que c'était osé. De toutes façons, le client est roi. Et puis, chacun voit midi à sa porte.
Elle est bien fermée la porte, au moins?
Comment? Que je finisse ma compote?
J'ai pas faim. Et puis, il n'y a même pas un biscuit avec.
Elle insiste.
Allez, je veux bien lui faire plaisir, elle a l'air inquiète, maintenant. C'est peut-être elle qui l'a faite, cette compote. Oui, ça doit être ça. C'est pour ça qu'elle s'inquiète.
Je vais la goûter alors.
Il est bizarre ce thermomètre.
Et comment je fais pour manger une compote avec un thermomètre, moi?
Tiens, j'ai dû parler à voix haute. Elle a l'air gênée, maintenant.
C'est une cuillère?
Ah.
"Attrape-moi une cuillère dans le tiroir!"
Ca sentait bon, l'oignon frit, oui. J'ai toujours aimé cette odeur.
Tiens, le carillon n'a pas sonné.
Il est passé où d'ailleurs? Et la maie? C'est Jean qui sera pas content, lui qui aime tant s'asseoir dessus quand il rentre.
Non, non, je n'en veux plus de cette compote.
Je suis fatiguée.
Oh oui, tellement fatiguée.
Qu'elle reparte avec sa compote. Ou alors, elle pourrait m'aider pour aller jusqu'au lit.
Mon dieu que je me sens lourde!
Je ne vais jamais pouvoir me lever de ce fauteuil.
Bon, je vais m'appuyer sur elle alors. Voilà, ça y est.
Elle est un peu essoufflée, elle me sourit encore.
Il faudrait qu'elle s'en aille maintenant. Je voudrais me reposer
Elle a l'air un peu triste. Elle m'embrasse, tiens.
Qu'est-ce qu'elle a dit?
"A demain mémé".
Je ne vois vraiment pas.
Elle a l'air gentille en tout cas. Gentille, oui.
Mais quand même, c'est gênant.
Je vais lui sourire, tiens. Ah, elle a l'air contente. Elle me sourit aussi.
On dirait qu'elle attend quelque chose.
Je devrais peut-être lui dire qu'elle fait erreur. Que je ne la connais pas.
Mais je ne voudrais pas lui faire de peine. Et puis, ça me distrait. Je m'ennuie un peu ici.
Ici.
Je suis où au fait?
Il y a un lit, là, juste à côté. C'est bizarre. Qu'est-ce que je fais dans ma chambre à cette heure?
Quelle heure il est d'ailleurs? Je pourrais lui demander. Elle doit le savoir, elle.
Tiens, il y a un fil à sa jupe.
Mal coupée la jupe.
Moi, quand je faisais une robe, c'était autre chose. Je me souviens de celle de madame Marchand. Noire, avec juste des toutes petites fleurs blanches, rapport au deuil, n'est-ce pas. Elle trouvait que c'était osé. De toutes façons, le client est roi. Et puis, chacun voit midi à sa porte.
Elle est bien fermée la porte, au moins?
Comment? Que je finisse ma compote?
J'ai pas faim. Et puis, il n'y a même pas un biscuit avec.
Elle insiste.
Allez, je veux bien lui faire plaisir, elle a l'air inquiète, maintenant. C'est peut-être elle qui l'a faite, cette compote. Oui, ça doit être ça. C'est pour ça qu'elle s'inquiète.
Je vais la goûter alors.
Il est bizarre ce thermomètre.
Et comment je fais pour manger une compote avec un thermomètre, moi?
Tiens, j'ai dû parler à voix haute. Elle a l'air gênée, maintenant.
C'est une cuillère?
Ah.
"Attrape-moi une cuillère dans le tiroir!"
Ca sentait bon, l'oignon frit, oui. J'ai toujours aimé cette odeur.
Tiens, le carillon n'a pas sonné.
Il est passé où d'ailleurs? Et la maie? C'est Jean qui sera pas content, lui qui aime tant s'asseoir dessus quand il rentre.
Non, non, je n'en veux plus de cette compote.
Je suis fatiguée.
Oh oui, tellement fatiguée.
Qu'elle reparte avec sa compote. Ou alors, elle pourrait m'aider pour aller jusqu'au lit.
Mon dieu que je me sens lourde!
Je ne vais jamais pouvoir me lever de ce fauteuil.
Bon, je vais m'appuyer sur elle alors. Voilà, ça y est.
Elle est un peu essoufflée, elle me sourit encore.
Il faudrait qu'elle s'en aille maintenant. Je voudrais me reposer
Elle a l'air un peu triste. Elle m'embrasse, tiens.
Qu'est-ce qu'elle a dit?
"A demain mémé".
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C'est dur et c'est beau. J'ai ma maman qu'elle vit sur le passé sous une forme de skyzophrénie encore hospitalisée. J'essaye de vivre depuis mon adolescence sous ce poids, je ne sais quoi dire quoi penser .Sous cette force qui me permet d'avancer je la regarde, la chérie mes mots ne sortent pas.. Félicitation pour tes mots tu m'as aidé à trouver les miens .
manière de renouer le lien ...
bpienic connue et oubliée mais toujours aussi efficace
bpienic connue et oubliée mais toujours aussi efficace

ça me rappelle celle-ci :
-- toto, quelle est l'origine de ton père ?
-- mon père, il est martiniquais !
-- et ta mère ?
-- ma mère, elle est partie niquer !
-- toto, quelle est l'origine de ton père ?
-- mon père, il est martiniquais !
-- et ta mère ?
-- ma mère, elle est partie niquer !
les mets de mémé (*)
(*) et c'est tout pour la famille.
(*) et c'est tout pour la famille.

et moi, j'aime les jeux de mots.


L'isolement quasi-total, ça fait froid dans le dos, et... ça n'arrive pas qu'aux autres.
A tous, je suis confuse, ma mémé est morte il y a bien longtemps, mais ces images sont revenues me tarauder depuis quelque temps...
Ce texte était une façon de "sortir" de moi certaines... comment dire, incompréhensions? Mais aujourd'hui, c'est vraiment la douceur qui l'emporte
A tous, je suis confuse, ma mémé est morte il y a bien longtemps, mais ces images sont revenues me tarauder depuis quelque temps...
Ce texte était une façon de "sortir" de moi certaines... comment dire, incompréhensions? Mais aujourd'hui, c'est vraiment la douceur qui l'emporte

Son évolution est un cas d'école. je mets provisoirement quelques repros dans ma galerie.
Oui, on est toujours dans le sujet.
Oui, on est toujours dans le sujet.
même quand elles se sont enfuies
tout en tristesse légère
Filanzane, comme tu la comprends bien ta mémé...
etchelion merci pour ta réaction
qui nous fait un peu plus comprendre
ce qui se passe dans la tête des personnes atteintes de la maladie
à nous de garder le lien le plus longtemps possible...
tout en tristesse légère
Filanzane, comme tu la comprends bien ta mémé...
etchelion merci pour ta réaction
qui nous fait un peu plus comprendre
ce qui se passe dans la tête des personnes atteintes de la maladie
à nous de garder le lien le plus longtemps possible...
... Je crois que c'est le plus beau ciompliment que je pouvais lui faire.
A ce sujet, voici un lien qui présente une interprétation des derniers tableaux de William Utermolhen par un psychiatre:
http://www.galerie-beckel-odille-boicos.fr/expositions_temporaires/utermohlen
/Utermohlen_fr.html
Ce peintre est mort de la maladie d'Aloïs (le prénom c'est pour me rassurer
) Alzheimer en 2007 mais à continuer à s'attaquer à des autorportraits jusqu'à ce qu'il ne puisse plus peindre. Un courage exemplaire et aussi un questionnement sur l'identité.
A ce sujet, un petit bout de texte qui démontre la nécessité des rapports sociaux :
"La Maladie d’Alzheimer ne frappe pas au hasard le cerveau. « Le réseau neuronal prioritairement atteint, réunissant le lobe frontal médian et les régions pariétales et temporales internes, [...] est mobilisé par l’évocation de souvenirs personnels ou de projets futurs, ce que les psychologues appellent « la capacité à voyager dans le temps par la pensée ».
Ainsi donc, la démence empêche petit à petit le malade de se situer dans le temps de sa propre histoire. Des murs d’oubli s’érigent devant le passé et l’avenir, emprisonnant l’individu « dans un présent instable et incompréhensible » puisqu’il « n’a plus les ressources pour s’y situer ».
La perception de soi se distord en fonction de l’avancée de la maladie et n’évolue plus en fonction des expériences passées et des projets futurs. La pensée s’assombrit et la glace sans tain ne laisse bientôt plus percevoir qu’un pâle reflet de l’existence. L’isolement est quasi-total avant que la faucheuse ne vienne mettre fin à cette solitude.
Selon les sociologues, c’est le soi public, fondé sur les relations avec les autres qui serait touché par la maladie. Le soi privé, quant à lui, continuerait de perdurer. La multiplication des stimulations et la conservation des rapports sociaux permet d’ailleurs de préserver les capacités cognitives plus longtemps.
Le cloisonnement du malade d’Alzheimer est souvent précipité par l’incompréhension que la maladie suscite dans son entourage."
Bref, il faut que le petit chaperon rouge continue d'apporter les galettes et le petit pot de beurre à sa mère-grand.
A ce sujet, voici un lien qui présente une interprétation des derniers tableaux de William Utermolhen par un psychiatre:
http://www.galerie-beckel-odille-boicos.fr/expositions_temporaires/utermohlen
/Utermohlen_fr.html
Ce peintre est mort de la maladie d'Aloïs (le prénom c'est pour me rassurer
) Alzheimer en 2007 mais à continuer à s'attaquer à des autorportraits jusqu'à ce qu'il ne puisse plus peindre. Un courage exemplaire et aussi un questionnement sur l'identité.A ce sujet, un petit bout de texte qui démontre la nécessité des rapports sociaux :
"La Maladie d’Alzheimer ne frappe pas au hasard le cerveau. « Le réseau neuronal prioritairement atteint, réunissant le lobe frontal médian et les régions pariétales et temporales internes, [...] est mobilisé par l’évocation de souvenirs personnels ou de projets futurs, ce que les psychologues appellent « la capacité à voyager dans le temps par la pensée ».
Ainsi donc, la démence empêche petit à petit le malade de se situer dans le temps de sa propre histoire. Des murs d’oubli s’érigent devant le passé et l’avenir, emprisonnant l’individu « dans un présent instable et incompréhensible » puisqu’il « n’a plus les ressources pour s’y situer ».
La perception de soi se distord en fonction de l’avancée de la maladie et n’évolue plus en fonction des expériences passées et des projets futurs. La pensée s’assombrit et la glace sans tain ne laisse bientôt plus percevoir qu’un pâle reflet de l’existence. L’isolement est quasi-total avant que la faucheuse ne vienne mettre fin à cette solitude.
Selon les sociologues, c’est le soi public, fondé sur les relations avec les autres qui serait touché par la maladie. Le soi privé, quant à lui, continuerait de perdurer. La multiplication des stimulations et la conservation des rapports sociaux permet d’ailleurs de préserver les capacités cognitives plus longtemps.
Le cloisonnement du malade d’Alzheimer est souvent précipité par l’incompréhension que la maladie suscite dans son entourage."
Bref, il faut que le petit chaperon rouge continue d'apporter les galettes et le petit pot de beurre à sa mère-grand.
Normal, peut-être, pour une gentille mémé qui inspire encore autant d'amour....
du coup, il est tout perturbé 

Merci beaucoup beaucoup pour vos réacs 
Une mention spéciale à Aragorn et son incroyable constance...
Je ne suis pas triste, tout est bien, je garde les images, les odeurs et les petits rituels bien serrés, je les feuillette de temps en temps, et c'est doux
Très belle journée à vous!

Une mention spéciale à Aragorn et son incroyable constance...
Je ne suis pas triste, tout est bien, je garde les images, les odeurs et les petits rituels bien serrés, je les feuillette de temps en temps, et c'est doux

Très belle journée à vous!
Au réveil, Avec un cerveau en compote et des zoeils pas trop décidés qui sentent l'ognon frit, ça donne enive de retourner dormir !


28/04/08 à 06h29
très bien de quoi ça parle, mais je crois que j'ai bien aimé.
Faut peut-être que j'aille me coucher maintenant.
Non? C'est le matin ?
Alors je vais travailler.
On travaille toujours le matin, n'est-ce pas ?
Elle est où Marcelle ?
Marcelle !!!!!!!!!!!!!

Faut peut-être que j'aille me coucher maintenant.
Non? C'est le matin ?
Alors je vais travailler.
On travaille toujours le matin, n'est-ce pas ?
Elle est où Marcelle ?
Marcelle !!!!!!!!!!!!!

"les vieux ont oublié plus que les jeunes n'en savent"
merci pour votre texte.

merci pour votre texte.

28/04/08 à 02h08
Apporte lui du miel ça la changera de la compote. Tu peux aussi lui faire chauffer un bol de lait dans lequel elle laissera couler le miel.Ce lui permettra de se lécher les doigts. Hum !!!
à moi aussi les larmes perlent, c'est malin
mais à vue de nez et du début à la fin, ça se sirote à petites gorgées 

"Les vieux ne meurent pas, ils s'endorment un jour et dorment trop longtemps
Ils se tiennent la main, ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant."
Très tendre, miss Fil.
Manque rien, même pas "la pendule d'argent/Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui leur dit: je t'attends.” On l'entend.

Ils se tiennent la main, ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant."
Très tendre, miss Fil.
Manque rien, même pas "la pendule d'argent/Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui leur dit: je t'attends.” On l'entend.

joli, terrible, léger, triste, ciselé, comme une dentelle un peu abîmée
et te perds pas en chemin


Nomeho !
: p : p
: p : p
Vous l'avez pas vu ?
Euh donc, la réac disait ceci !
Ce devrait interdit d'écrire des comm intéressant à cette heure si.
bon d'accord, je l'ai pas lu, mais quand même, j'ai mis cinq en me disant que les risques éyaient limités. Masi bon, je préviens demain, je lis RAHHH !
Good night !
Euh donc, la réac disait ceci !
Ce devrait interdit d'écrire des comm intéressant à cette heure si.
bon d'accord, je l'ai pas lu, mais quand même, j'ai mis cinq en me disant que les risques éyaient limités. Masi bon, je préviens demain, je lis RAHHH !

Good night !

de quoi ça parlait

Non, vraiment, bien, la relecture le confirme...
bêtement les larmes aux yeux en te llisant
J'aime bien ce que tu viens d'écrire.
Bises.
Bises.
c'était exactement ça



Je réagis à ce commentaire en
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Filanzane
publié le 27 avril 08